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à la Turquie que depuis Pierre le Grand. Enfin la force et la rapine établirent l’empire ottoman, et les divisions des chrétiens l’ont maintenu : il n’est rien là que de naturel. Nous verrons comment cet empire s’est accru dans sa puissance, et s’est conservé longtemps dans ses usages féroces, qui commencent enfin à s’adoucir.

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CHAPITRE XCIV.

Du roi de France Louis XI.


Le gouvernement féodal périt bientôt en France, quand Charles VII eut commencé à établir sa puissance par l’expulsion des Anglais, par la jouissance de tant de provinces réunies à la couronne, et enfin par des subsides rendus perpétuels.

L’ordre féodal s’affermissait en Allemagne, par une raison contraire, sous des empereurs électifs qui, en qualité d’empereurs, n’avaient ni provinces, ni subsides. L’Italie était toujours partagée en républiques et en principautés indépendantes. Le pouvoir absolu n’était connu ni en Espagne ni dans le Nord ; et l’Angleterre jetait au milieu de ces divisions les semences de ce gouvernement singulier dont les racines, toujours coupées et toujours sanglantes, ont enfin produit après des siècles, à l’étonnement des nations, le mélange égal de la liberté et de la royauté.

Il n’y avait plus en France que deux grands fiefs : la Bourgogne et la Bretagne ; mais leur pouvoir les rendit indépendantes, et, malgré les lois féodales, elles n’étaient pas regardées en Europe comme faisant partie du royaume. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, avait même stipulé qu’il ne rendrait point hommage à Charles VII, quand il lui pardonna l’assassinat du duc Jean, son père.

Les princes du sang avaient en France des apanages en pairies, mais ressortissants au parlement sédentaire. Les seigneurs, puissants dans leurs terres, ne l’étaient pas comme autrefois dans l’État : il n’y avait plus guère au delà de la Loire que le comte de Foix qui s’intitulât Prince par la grâce de Dieu, et qui fit battre monnaie ; mais les seigneurs des fiefs et les communautés des grandes villes avaient d’immenses priviléges.