Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/126

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Louis XI, fils de Charles VII, devint le premier roi absolu en Europe depuis la décadence de la maison de Charlemagne. Il ne parvint enfin à ce pouvoir tranquille que par des secousses violentes. Sa vie est un grand contraste. Faut-il, pour humilier et pour confondre la vertu, qu’il ait mérité d’être regardé comme un grand roi, lui qu’on peint comme un fils dénaturé, un frère barbare, un mauvais père, et un voisin perfide ! Il remplit d’amertume les dernières années de son père ; il causa sa mort. Le malheureux Charles VII mourut, comme on sait, par la crainte que son fils ne le fit mourir ; il choisit la faim pour éviter le poison qu’il redoutait. Cette seule crainte dans un père, d’être empoisonné par son fils, prouve trop que le fils passait pour être capable de ce crime.

Après avoir bien pesé toute la conduite de Louis XI, ne peut-on pas se le représenter comme un homme qui voulut effacer souvent ses violences imprudentes par des artifices, et soutenir des fourberies par des cruautés ? D’où vient que dans les commencements de son règne, tant de seigneurs attachés à son père, et surtout ce fameux comte de Dunois, dont l’épée avait soutenu la couronne, entrèrent contre lui dans la ligue du bien public ? Ils ne profitaient pas de la faiblesse du trône, comme il est arrivé tant de fois. Mais Louis XI avait abusé de sa force. N’est-il pas évident que le père, instruit par ses fautes et par ses malheurs, avait très-bien gouverné, et que le fils, trop enflé de sa puissance, commença par gouverner mal ?

(1465) Cette ligue le mit au hasard de perdre sa couronne et sa vie. La bataille donnée à Montlhéry contre le comte de Charolais et tant d’autres princes ne décida rien ; mais il est certain qu’il la perdit, puisque ses ennemis eurent le champ de bataille, et qu’il fut obligé de leur accorder tout ce qu’ils demandèrent. Il ne se releva du traité honteux de Conflans qu’en le violant dans tous ses points. Jamais il n’accomplit un serment, à moins qu’il ne jurât par un morceau de bois qu’on appelait la vraie croix de Saint-Lô. Il croyait, avec le peuple, que le parjure sur ce morceau de bois faisait mourir infailliblement dans l’année.

Le barbare, après le traité, fit jeter dans la rivière plusieurs bourgeois de Paris soupçonnés d’être partisans de son ennemi. On les liait deux à deux dans un sac : c’est la chronique de Saint-Denis qui rend ce témoignage. Il ne désunit enfin les confédérés qu’en donnant à chacun d’eux ce qu’il demandait. Ainsi, jusque dans son habileté, il y eut encore de la faiblesse.

Il se fit un irréconciliable ennemi de Charles, fils de Philippe