Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/146

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payait un faucon à un comte, qui payait à un duc une autre marque de vassalité. Tous reconnaissaient le roi du pays pour leur seigneur suzerain ; mais aucun d’eux ne pouvait être imposé à aucune taxe. Ils devaient le service de leur personne, parce qu’ils combattaient pour leurs terres et pour eux-mêmes, en combattant pour l’État et pour le chef de l’État ; et de là vient qu’encore aujourd’hui les nouveaux nobles, les anoblis, qui ne possèdent même aucun terrain, ne payent point l’impôt appelé taille.

Les maîtres des châteaux et des terres, qui composaient le corps de la noblesse en tout pays, excepté dans les républiques, asservirent autant qu’ils le purent les habitants de leurs terres ; mais les grandes villes leur résistèrent toujours : les magistrats de ces villes ne voulurent point du tout être les serfs d’un comte, d’un baron, ni d’un évêque, encore moins d’un abbé qui s’arrogeait les mêmes prétentions que ces barons et que ces comtes. Les villes du Rhin et du Rhône, quelques autres plus anciennes, comme Autun, Arles, et surtout Marseille, florissaient avant qu’il y eût des seigneurs et des prélats. Leur magistrature existait plusieurs siècles avant les fiefs ; mais bientôt les barons et les châtelains l’emportèrent presque partout sur les citoyens. Si les magistrats ne furent pas les serfs du seigneur, ils furent au moins ses bourgeois ; et de là vient que dans tant d’anciennes chartes on voit des échevins, des maires, se qualifier bourgeois d’un comte ou d’un évêque, bourgeois du roi. Ces bourgeois ne pouvaient choisir un nouveau domicile sans la permission de leur seigneur, et sans payer d’assez gros droits ; espèce de servitude qui est encore en usage en Allemagne.

De même que les fiefs furent distingués en francs fiefs qui ne devaient rien au seigneur suzerain, en grands fiefs, et en petits redevables, il y eut aussi des francs bourgeois, c’est-à-dire ceux qui achetèrent le droit d’être exempts de toute redevance à leur seigneur ; il y eut de grands bourgeois qui étaient dans les emplois municipaux, et de petits bourgeois qui en plusieurs points étaient esclaves.

Cette administration, qui s’était formée insensiblement, s’altéra de même en plusieurs pays, et fut détruite entièrement dans d’autres.

Les rois de France, par exemple, commencèrent par anoblir les bourgeois, en leur conférant des titres sans terres. On prétend qu’on a trouvé dans le trésor des chartes de France les lettres d’anoblissement que Philippe Ier donna à un bourgeois de Paris