Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/149

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vagues, que « ceux qui ont servi le public en charges honorables peuvent donner commencement de noblesse à leur postérité ».

Cette dispute de plusieurs siècles sembla terminée depuis sous Louis XIV, en 1644, au mois de juillet, et ne le fut pourtant pas. Nous devançons ici les temps pour donner tout l’éclaircissement nécessaire à cette matière. Vous verrez dans le Siècle de Louis XIV [1] quelle guerre civile fut excitée dans Paris pendant la jeunesse de ce monarque. Ce fut dans cette guerre que le parlement de Paris, la chambre des comptes, la cour des aides, et toutes les autres cours des provinces (1644), obtinrent les priviléges des nobles de race, gentilshommes et barons du royaume, affectés aux enfants des conseillers et présidents qui auraient servi vingt ans, ou qui seraient morts dans l’exercice de leurs charges. Leur état semblait être assuré par cet édit.

(1169) Pourrait-on croire après cela que Louis XIV, séant lui-même au parlement, révoqua ces priviléges, et maintint seulement tous ces officiers de judicature dans leurs anciens droits, en révoquant tous les priviléges de noblesse accordés à eux et à leurs descendants en 1644, et depuis jusqu’à l’année 1669 ?

Louis XIV, tout puissant qu’il était, ne l’a pas été assez pour ôter à tant de citoyens un droit qui leur avait été donné sous son nom. Il est difficile qu’un seul homme puisse obliger tant d’autres hommes à se dépouiller de ce qu’ils ont regardé comme leur possession. L’édit de 1644 a prévalu : les cours de judicature ont joui des priviléges de la noblesse, et la nation ne les a pas contestés à ceux qui jugent la nation.

Pendant que les magistrats des cours supérieures disputaient ainsi sur leur état depuis l’an 1300, les bourgeois des villes et leurs officiers principaux flottèrent dans la même incertitude. Charles V, dit le Sage, pour s’acquérir l’affection des citoyens de Paris, leur accorda plusieurs priviléges de la noblesse, comme de porter des armoiries et de tenir des fiefs sans payer la finance, qu’on appelle le droit de franc fief, et ils en jouissent encore. Les maires, les échevins de plusieurs villes de France, jouirent des mêmes droits, les uns par un ancien usage, les autres par des concessions.

La plus ancienne concession de la noblesse à un office de plume, en France, fut celle des secrétaires du roi. Ils étaient originairement ce que sont aujourd’hui les secrétaires d’État ; ils s’appelaient clercs du secret, et puisqu’ils écrivaient sous les rois, et qu’ils expédiaient leurs ordres, il était juste de les distinguer.

  1. Chapitre iv.