Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/165

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CHAPITRE CII.


État de l’Europe à la fin du xve siècle. De l’Allemagne, et principalement de l’Espagne. Du malheureux règne de Henri IV, surnommé « l’impuissant ». D’Isabelle et de Ferdinand. Prise de Grenade. Persécution contre les juifs et contre les maures.


L’empereur Frédéric III, de la maison d’Autriche, venait de mourir (1493). Il avait laissé l’empire à son fils Maximilien, élu de son vivant roi des Romains. Mais ces rois des Romains n’avaient plus aucun pouvoir en Italie. Celui qu’on leur laissait en Allemagne n’était guère au-dessus de la puissance du doge à Venise, et la maison d’Autriche était encore bien loin d’être redoutable. En vain l’on montre à Vienne cette épitaphe : « Ci-gît Frédéric III, empereur pieux, auguste, souverain de la chrétienté, roi de Hongrie, de Dalmatie, de Croatie, archiduc d’Autriche, etc. ; » elle ne sert qu’à faire voir la vanité des inscriptions. Il n’eut jamais rien de la Hongrie que la couronne, ornée de quelques pierreries, qu’il garda toujours dans son cabinet, sans les renvoyer ni à son pupille Ladislas, qui en était roi, ni à ceux que les Hongrois élurent ensuite, et qui combattirent contre les Turcs. Il possédait à peine la moitié de la province d’Autriche ; ses cousins avaient le reste ; et quant au titre de souverain de la chrétienté, il est aisé de voir s’il le méritait. Son fils Maximilien avait, outre les domaines de son père, le gouvernement des États de Marie de Bourgogne, sa femme, mais qu’il ne régissait qu’au nom de Philippe le Beau, son fils. Au reste, on sait qu’on l’appelait Massimiliano pochi danari, surnom qui ne désignait pas un puissant prince.

L’Angleterre, encore presque sauvage, après avoir été longtemps déchirée par les guerres civiles de la rose blanche et de la rose rouge, ainsi que nous le verrons incessamment, commençait à peine à respirer sous son roi Henri VII, qui, à l’exemple de Louis XI, abaissait les barons et favorisait le peuple.

En Espagne, les princes chrétiens avaient toujours été divisés. La race de Henri Transtamare, bâtard usurpateur (puisqu’il faut appeler les choses par leur nom), régnait toujours en Castille ; et une usurpation d’un genre plus singulier fut la source de la grandeur espagnole.