Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/205

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sommations, la chambre impériale le condamna par contumace, et le mit au ban de l’empire.

Il est donc évident qu’on regardait à Vienne les Vénitiens comme des vassaux rebelles, et que jamais la cour impériale ne se départit de ses prétentions sur presque toute l’Europe. S’il eût été aussi aisé de prendre Venise que de la condamner, cette république, la plus ancienne et la plus florissante de la terre, n’existerait plus. Le droit le plus sacré des hommes, la liberté, ce droit plus ancien que tous les empires, ne serait qu’une rébellion. C’est là un étrange droit public[1].

D’ailleurs Vérone, Vicence, Padoue, la Marche Trévisane, le Frioul, étaient à la bienséance de l’empereur. Le roi d’Aragon, Ferdinand le Catholique, pouvait reprendre quelques villes maritimes dans le royaume de Naples, qu’il avait engagées aux Vénitiens. C’était une manière prompte de s’acquitter. Le roi de Hongrie avait des prétentions sur une partie de la Dalmatie. Le duc de Savoie pouvait aussi revendiquer l’île de Chypre, parce qu’il était allié de la maison de Chypre qui n’existait plus. Les Florentins, en qualité de voisins, avaient aussi des droits.

(1508) Presque tous les potentats, ennemis les uns des autres, suspendirent leurs querelles pour s’unir ensemble à Cambrai contre Venise. Le Turc, son ennemi naturel, et qui était alors en paix avec elle, fut le seul qui n’accéda pas à ce traité. Jamais tant de rois ne s’étaient ligués contre l’ancienne Rome. Venise était aussi riche qu’eux tous ensemble. Elle se confia dans cette ressource, et surtout dans la désunion qui se mit bientôt entre tant d’alliés. Il ne tenait qu’à elle d’apaiser Jules II, principal auteur de la ligue ; mais elle dédaigna de demander grâce, et osa attendre l’orage. C’est peut-être la seule fois qu’elle ait été téméraire.

Les excommunications, plus méprisées chez les Vénitiens qu’ailleurs, furent la déclaration du pape. Louis XII envoya un héraut d’armes annoncer la guerre au doge. Il redemandait le Crémonais, qu’il avait cédé lui-même aux Vénitiens, quand ils l’avaient aidé à prendre le Milanais. Il revendiquait le Bressan, Bergame, et d’autres terres.

Cette rapidité de fortune qui avait accompagné les Français dans les commencements de toutes leurs expéditions ne se démentit pas. Louis XII, à la tête de son armée, détruisit les forces vénitiennes à la célèbre journée d’Agnadel, près de la rivière

  1. Voyez l’article Venise dans le Dictionnaire philosophique.