Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/207

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affronta la mort. Nos historiens blâment son ambition et son opiniâtreté ; il fallait aussi rendre justice à son courage et à ses grandes vues. C’était un mauvais prêtre, mais un prince aussi estimable qu’aucun de son temps.

Une nouvelle faute de Louis XII seconda les desseins de Jules II. Le premier avait une économie qui est une vertu dans le gouvernement ordinaire d’un État paisible, et un vice dans les grandes affaires.

Une mauvaise discipline faisait consister alors toute la force des armées dans la gendarmerie, qui combattait à pied comme à cheval. On n’avait pas su faire encore une bonne infanterie française, ce qui était pourtant aisé, comme l’expérience l’a prouvé depuis ; et les rois de France soudoyaient des fantassins allemands ou suisses.

On sait que les Suisses surtout avaient contribué à la conquête du Milanais. Ils avaient vendu leur sang, et jusqu’à leur bonne foi, en livrant Louis le Maure. Les cantons demandèrent au roi une augmentation de pension ; Louis la refusa. Le pape profita de la conjoncture. Il les flatta, et leur donna de l’argent : il les encouragea par les titres qu’il leur prodigua de défenseurs de l’Église. Il fit prêcher chez eux contre les Français. Ils accouraient à ces sermons guerriers qui flattaient leurs passions. C’était prêcher une croisade.

On voit que, par la bizarrerie des conjonctures, ces mêmes Français étaient alors les alliés de l’empire allemand, dont ils ont été si souvent ennemis. Ils étaient de plus ses vassaux. Louis XII avait donné, pour l’investiture de Milan, cent mille écus d’or à l’empereur Maximilien, qui n’était ni un allié puissant, ni un ami fidèle ; et comme empereur, il n’aimait ni les Français, ni le pape.

Ferdinand le Catholique, par qui Louis XII fut toujours trompé, abandonna la ligue de Cambrai dès qu’il eut ce qu’il prétendait en Calabre. Il reçut du pape l’investiture pleine et entière du royaume de Naples. Jules II le mit à ce prix entièrement dans ses intérêts. Ainsi le pape, par sa politique, avait pour lui les Vénitiens, les Suisses, les secours du royaume de Naples, ceux même de l’Angleterre ; et ce fut aux Français à soutenir tout le fardeau.

(1510) Louis XII, attaqué par le pape, convoqua une assemblée d’évêques à Tours, pour savoir s’il lui était permis de se défendre, et si les excommunications du pape seraient valides. La postérité éclairée sera étonnée qu’on ait fait de telles questions ; mais il fallait alors respecter les préjugés du temps. Je ne puis m’empêcher de remarquer le premier cas de conscience qui fut