Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/21

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duc de Lorraine et de Bar : il ne fut rien de tout cela. C’est une source de la confusion qui rend nos histoires modernes souvent désagréables, et peut-être ridicules, que cette multiplicité de titres inutiles fondés sur des prétentions qui n’ont point eu d’effet. L’histoire de l’Europe est devenue un immense procès-verbal de contrats de mariage, de généalogies, et de titres disputés, qui répandent partout autant d’obscurité que de sécheresse, et qui étouffent les grands événements, la connaissance des lois et celle des mœurs, objets plus dignes d’attention.

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CHAPITRE LXXV.


De la France et de l’Angleterre du temps de Philippe de Valois, d’Édouard II et d’Édouard III. Déposition du roi Édouard II par le Parlement. Édouard III, vainqueur de la France. Examen de la loi salique, de l’artillerie, etc.


L’Angleterre reprit sa force sous Édouard Ier, vers la fin du xiiie siècle. Édouard, successeur de Henri III son père, fut obligé à la vérité de renoncer à la Normandie, à l’Anjou, à la Touraine, patrimoines de ses ancêtres ; mais il conserva la Guienne ; (1283) il s’empara du pays de Galles ; il sut contenir l’humeur des Anglais, et les animer. Il fit fleurir leur commerce autant qu’on le pouvait alors. (1291) La maison d’Écosse étant éteinte, il eut la gloire d’être choisi pour arbitre entre les prétendants. Il obligea d’abord le parlement d’Écosse à reconnaître que la couronne de ce pays relevait de celle d’Angleterre ; ensuite il nomma pour roi Baliol, qu’il fit son vassal : Édouard prit enfin pour lui ce royaume d’Ecosse, et le conquit après plusieurs batailles ; mais il ne put le garder. Ce fut alors que commença cette antipathie entre les Anglais et les Écossais, qui aujourd’hui, malgré la réunion des deux peuples, n’est pas encore tout à fait éteinte.

Sous ce prince on commençait à s’apercevoir que les Anglais ne seraient pas longtemps tributaires de Rome ; on se servait de prétextes pour mal payer, et on éludait une autorité qu’on n’osait attaquer de front.

Le parlement d’Angleterre prit, vers l’an 1300, une nouvelle