Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/22

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forme, telle qu’elle est à peu près de nos jours. Le titre de barons et de pairs ne fut affecté qu’à ceux qui entraient dans la chambre haute. La chambre des communes commença à régler les subsides, parce que le peuple seul les payait. Edouard Ier donna du poids à la chambre des communes pour pouvoir balancer le pouvoir des barons. Ce prince, assez ferme et assez habile pour les ménager et ne les point craindre, forma cette espèce de gouvernement qui rassemble tous les avantages de la royauté, de l’aristocratie et de la démocratie, mais qui a aussi les inconvénients de toutes les trois, et qui ne peut subsister que sous un roi sage. Son fils ne le fut pas, et l’Angleterre fut déchirée.

Édouard Ier mourut lorsqu’il allait conquérir l’Écosse, trois fois subjuguée et trois fois soulevée ; son fils, âgé de vingt-trois ans, à la tête d’une nombreuse armée, abandonna les projets du père pour se livrer à des plaisirs qui paraissaient plus indignes d’un roi en Angleterre qu’ailleurs. Ses favoris irritèrent la nation, et surtout l’épouse du roi, Isabelle, fille de Philippe le Bel, femme galante et impérieuse, jalouse de son mari qu’elle trahissait. Ce ne fut plus dans l’administration publique que fureur, confusion et faiblesse. (1312) Une partie du parlement fait trancher la tête à un favori du monarque, nommé Gaveston : les Écossais profitent de ces troubles ; ils battent les Anglais, et Robert Bruce, devenu roi d’Écosse, la rétablit par la faiblesse de l’Angleterre.

(1316) On ne peut se conduire avec plus d’imprudence, et par conséquent avec plus de malheur qu’Édouard II : il souffre que sa femme Isabelle, irritée contre lui, passe en France avec son fils, qui fut depuis l’heureux et le célèbre Édouard III.

Charles le Bel, frère d’Isabelle, régnait en France ; il suivait cette politique de tous les rois, de semer la discorde chez ses voisins : il encouragea sa sœur Isabelle à lever l’étendard contre son mari.

Ainsi donc, sous prétexte qu’un jeune favori, nommé Spencer, gouvernait indignement le roi d’Angleterre, sa femme se prépare à faire la guerre. Elle marie son fils à la fille du comte de Hainaut et de Hollande ; elle engage ce comte à lui donner des troupes ; elle repasse enfin en Angleterre, et se joint à main armée aux ennemis de son époux : son amant, Mortimer, était avec elle à la tête de ses troupes, tandis que le roi fuyait avec son favori Spencer.

(1326) La reine fait pendre à Bristol le père du favori, âgé de quatre-vingt-dix ans : cette cruauté, qui ne respecta point l’extrême vieillesse, est un exemple unique ; elle punit ensuite du même