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CHAPITRE CXV.


De l’Angleterre, et de ses malheurs après l’invasion de la France. De Marguerite d’Anjou, femme de Henri VI, etc.


Le pape Jules II, au milieu de toutes les dissensions qui agitèrent toujours l’Italie, ferme dans le dessein d’en chasser tous les étrangers, avait donné au pontificat une force temporelle qu’il n’avait point eue jusqu’alors. Parme et Plaisance, détachés du Milanais, étaient joints au domaine de Rome du consentement de l’empereur même. (1513) Jules avait consommé son pontificat et sa vie par cette action qui honore sa mémoire. Les papes n’ont point conservé cet État. Le saint-siége était alors en Italie une puissance temporelle prépondérante.

Venise, quoique en guerre avec Ferdinand le Catholique, roi de Naples, demeurait encore très-puissante. Elle résistait à la fois aux mahométans et aux chrétiens. L’Allemagne était paisible ; l’Angleterre recommençait à être redoutable. Il faut voir d’où elle sortait, et où elle parvint.

L’aliénation d’esprit de Charles VI avait perdu la France ; la faiblesse d’esprit de Henri VI désola l’Angleterre.

(1442) D’abord ses parents se disputèrent le gouvernement dans sa jeunesse, ainsi que les parents de Charles VI avaient tout bouleversé pour commander en son nom. Si dans Paris un duc de Bourgogne fit assassiner un duc d’Orléans, on vit à Londres la duchesse de Glocester, tante du roi, accusée d’avoir attenté à la vie de Henri VI par des sortilèges. Une malheureuse devineresse et un prêtre imbécile ou scélérat, qui se disaient sorciers, furent brûlés vifs pour cette prétendue conspiration. La duchesse fut heureuse de n’être condamnée qu’à faire une amende honorable en chemise, et à une prison perpétuelle. L’esprit de philosophie était alors bien éloigné de cette île : elle était le centre de la superstition et de la cruauté.

(1444) La plupart des querelles des souverains ont fini par des mariages. Charles VII donna pour femme à Henri VI Marguerite d’Anjou, fille de ce René d’Anjou, roi de Naples, duc de Lorraine, comte du Maine, qui, avec tous ces titres, était sans États, et qui n’eut pas de quoi donner la plus légère dot à sa fille. Peu de princesses ont été plus malheureuses en père et en époux. C’était une