Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/216

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pissement, ouvrit les yeux : il se vit sans autorité. Sa femme, Marguerite d’Anjou, l’exhortait à être roi ; mais, pour l’être, il fallut tirer l’épée. Le duc d’York, chassé du conseil, était déjà à la tête d’une armée. On traîna Henri à la hataille de Saint-Alban ; il y fut blessé et pris, mais non encore détrôné. Le duc d’York, son vainqueur, le conduisit en triomphe à Londres (1455), et, lui laissant le titre de roi, il prit pour lui-même celui de protecteur, titre déjà connu aux Anglais.

Henri VI, souvent malade et toujours faible, n’était qu’un prisonnier servi avec l’appareil de la royauté. Sa femme voulut le rendre libre pour l’être elle-même ; son courage était plus grand que ses malheurs. Elle lève des troupes, comme on en levait dans ce temps-là, avec le secours des seigneurs de son parti. Elle tire son mari de Londres, et devient la générale de son armée. Les Anglais en peu de temps virent ainsi quatre Françaises conduire des soldats : la femme du comte de Montfort en Bretagne, la femme du roi Édouard II en Angleterre, la Pucelle d’Orléans en France, et Marguerite d’Anjou.

(1460) Cette reine rangea elle-même son armée en bataille, à la sanglante journée de Northampton, et combattit à côté de son mari. Le duc d’York, son grand ennemi, n’était pas dans l’armée opposée : son fils aîné, le comte de La Marche, y faisait son apprentissage de la guerre civile sous le comte de Warwick, l’homme de ce temps-là qui avait le plus de réputation, esprit né pour ce temps de trouble, pétri d’artifice, et plus encore de courage et de fierté, propre pour une campagne et pour un jour de bataille, fécond en ressources, capable de tout, fait pour donner et pour ôter le trône selon sa volonté. Le génie du comte de Warwick l’emporta sur celui de Marguerite d’Anjou : elle fut vaincue. Elle eut la douleur de voir prendre prisonnier le roi son mari dans sa tente, et, tandis que ce malheureux prince lui tendait les bras, il fallut qu’elle s’enfuît à toute bride avec son fils le prince de Galles. Le roi est reconduit, pour la seconde fois, par ses vainqueurs, dans sa capitale, toujours roi et toujours prisonnier.

On convoqua un parlement, et le duc d’York, auparavant protecteur, demanda cette fois un autre titre. Il réclamait la couronne comme représentant Édouard III, à l’exclusion de Henri VI, né d’une branche cadette. La cause du roi et de celui qui prétendait l’être fut solennellement débattue dans la chambre des pairs. Chaque parti fournit ses raisons par écrit, comme dans un procès ordinaire. Le duc d’York, tout vainqueur qu’il était, ne put gagner