Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/239

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tave s’était échappé de sa prison, et avait repassé en Suède. Il fut obligé de se cacher quelque temps dans les montagnes de la Dalécarlie, déguisé en paysan. Il travailla même aux mines, soit pour subsister, soit pour se mieux déguiser. Mais enfin il se fit connaître à ces hommes sauvages, qui détestaient d’autant plus la tyrannie que toute politique était inconnue à leur simplicité rustique. Ils le suivirent, et Gustave Vasa se vit bientôt à la tête d’une armée. L’usage des armes à feu n’était point encore connu de ces hommes grossiers, et peu familier au reste des Suédois ; c’est ce qui avait donné toujours aux Danois la supériorité. Mais Gustave, ayant fait acheter sur son crédit des mousquets à Lubeck, combattit bientôt avec des armes égales.

Lubeck ne fournit pas seulement des armes, elle envoya des troupes ; sans quoi Gustave eût eu bien de la peine à réussir. C’était une simple ville de marchands de qui dépendait la destinée de la Suède. Christiern était alors en Danemark. L’archevêque d’Upsal soutint tout le poids de la guerre contre le libérateur. Enfin, ce qui n’est pas ordinaire, le parti le plus juste l’emporta. Gustave, après des aventures malheureuses, battit les lieutenants du tyran, et fut maître d’une partie du pays.

Christiern, furieux, qui dès longtemps avait en son pouvoir à Copenhague la mère et la sœur de Gustave (1521), fit une action qui, même après ce qu’on a vu de lui, paraît d’une atrocité presque incroyable. Il fit jeter, dit-on, ces deux princesses dans la mer, enfermées dans un sac l’une et l’autre. Il y a des auteurs qui disent qu’on se contenta de les menacer de ce supplice.

Ce tyran savait ainsi se venger, mais il ne savait pas combattre. Il assassinait des femmes, et il n’osait aller en Suède faire tête à Gustave. Non moins cruel envers ses Danois qu’envers ses ennemis, il fut bientôt aussi exécrable au peuple de Copenhague qu’aux Suédois.

Ces Danois, en possession alors d’élire leurs rois, avaient le droit de punir un tyran. Les premiers qui renoncèrent à sa domination furent ceux de Jutland, du duché de Schlesvick, et de la partie du Holstein qui appartenait à Christiern. Son oncle Frédéric, duc de Holstein, profita du juste soulèvement des peuples. La force appuya le droit. Tous les habitants de ce qui composait autrefois la Chersonèse Cimbrique firent signifier au tyran l’acte de sa déposition authentique par le premier magistrat de Jutland.

Ce chef de justice intrépide osa porter à Christiern sa sentence dans Copenhague même. Le tyran, voyant tout le reste de l’État ébranlé, haï de ses propres officiers, n’osant se fier à personne,