Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/24

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(1332) Édouard III, maître, et bientôt maître absolu, commence par conquérir l’Écosse; mais alors une nouvelle scène s’ouvrait en France. L’Europe en suspens ne savait si Édouard aurait ce royaume par les droits du sang ou par ceux des armes.

La France, qui ne comprenait ni la Provence, ni le Dauphiné, ni la Franche-Comté, était pourtant un royaume puissant ; mais son roi ne l’était pas encore. De grands États, tels que la Bourgogne, l’Artois, la Flandre, la Bretagne, la Guienne, relevant de la couronne, faisaient toujours l’inquiétude du prince beaucoup plus que sa grandeur.

Les domaines de Philippe le Bel, avec les impôts sur ses sujets immédiats, avaient monté à cent soixante mille livres de poids. Quand Philippe le Bel fit la guerre aux Flamands (1302), et que presque tous les vassaux de la France contribuèrent à cette guerre, on fit payer le cinquième des revenus à tous les séculiers que leur état dispensait de faire la campagne. Les peuples étaient malheureux, et la famille royale l’était davantage.

Rien n’est plus connu que l’opprobre dont les trois enfants de Philippe le Bel se couvrirent à la fois, en accusant leurs femmes d’adultère en plein parlement ; toutes trois furent condamnées à être renfermées. Louis Hutin, l’aîné, fit périr la sienne, Marguerite de Bourgogne, par le cordeau. Les amants de ces princesses furent condamnés à un nouveau genre de supplice : on les écorcha vifs. Quels temps ! et nous nous plaignons encore du nôtre !

(1316) Après la mort de Louis Hutin, qui avait joint la Navarre à la France comme son père, la question de la loi salique émut tous les esprits. Ce roi ne laissait qu’une fille : on n’avait encore jamais examiné en France si les filles devaient hériter de la couronne ; les lois ne s’étaient jamais faites que selon le besoin présent. Les anciennes lois saliques étaient ignorées ; l’usage en tenait lieu, et cet usage variait toujours en France. Le parlement, sous Philippe le Bel, avait adjugé l’Artois à une fille, au préjudice du plus prochain mâle ; la succession de la Champagne avait tantôt été donnée aux filles, et tantôt elle leur avait été ravie : Philippe le Bel n’eut la Champagne que par sa femme, qui en avait exclu les princes. On voit par là que le droit changeait comme la fortune, et qu’il s’en fallait beaucoup que ce fût une loi fondamentale de l’État d’exclure une fille du trône de son père. Dire, comme tant d’auteurs, que « la couronne de France est si noble qu’elle ne peut admettre de femmes », c’est une grande puérilité. Dire avec Mézerai que « l’imbécillité du sexe ne permet pas aux femmes de régner », c’est être doublement injuste : la