Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/23

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supplice, dans Herford, le favori lui-même, tombé dans ses mains ; mais elle exerça dans ce supplice une vengeance que la bienséance de notre siècle ne permettrait pas : elle fit mettre dans l’arrêt qu’on arracherait au jeune Spencer les parties dont il avait fait un coupable usage avec le monarque. L’arrêt fut exécuté à la potence : elle ne craignit point de voir l’exécution. Froissard ne fait point difficulté d’appeler ces parties par leur nom propre. Ainsi cette cour rassemblait à la fois toutes les dissolutions des temps les plus efféminés, et toutes les barbaries des temps les plus sauvages.

Enfin le roi, abandonné, fugitif dans son royaume, est pris, conduit à Londres, insulté par le peuple, enfermé dans la Tour, jugé par le parlement, et déposé par un jugement solennel. Un nommé Trussel lui signifia sa déposition en ces mots rédigés dans les actes publics : « Moi, Guillaume Trussel, procureur du parlement et de la nation, je vous déclare en leur nom et en leur autorité que je renonce, que je révoque et rétracte l’hommage à vous fait, et que je vous prive de la puissance royale[1]. » On donna la couronne à son fils, âgé de quatorze ans, et la régence à la mère assistée d’un conseil : une pension d’environ soixante mille livres de notre monnaie fut assignée au roi pour vivre.

(1327) Édouard II survécut à peine une année à sa disgrâce : on ne trouva sur son corps aucune marque de mort violente. Il passa pour constant qu’on lui avait enfoncé un fer brûlant dans les entrailles à travers un tuyau de corne.

Le fils punit bientôt la mère. Édouard III, mineur encore, mais impatient et capable de régner, saisit un jour aux yeux de sa mère son amant Mortimer, comte de La Marche (1331). Le parlement juge ce favori sans l’entendre, comme les Spencer l’avaient été. Il périt par le supplice de la potence, non pour avoir déshonoré le lit de son roi, l’avoir détrôné et l’avoir fait assassiner, mais pour les concussions, les malversations dont sont toujours accusés ceux qui gouvernent. La reine, enfermée dans le château de Risin avec cinq cents livres sterling de pension, différemment malheureuse, pleura dans la solitude ses infortunes plus que ses faiblesses et ses barbaries.

  1. Voici la formule rapportée plus textuellement: « Moi, Guillaume Trussel, procureur du parlement, au nom de tous les hommes d’Angleterre, je te reprends l’hommage que je t’avais fait, à toi, Édouard. De ce temps en avant, je te défie, je te prive de tout pouvoir royal. Désormais, je ne t’obéis plus comme à un roi. » (G. A.)