Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/245

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rité fut presque toujours contre-balancée par les priviléges des princes et des villes.

En 1438, Albert d’Autriche, gendre de Sigismond, fut le premier prince de la maison d’Autriche qui régna sur la Hongrie.

Il fut, comme Sigismond, empereur et roi de Bohême ; mais il ne régna que trois ans. Ce règne si court fut la source des divisions intestines qui, jointes aux irruptions des Turcs, ont dépeuplé la Hongrie, et en ont fait une des malheureuses contrées de la terre.

Les Hongrois, toujours libres, ne voulurent point pour leur roi d’un enfant que laissait Albert d’Autriche, et ils choisirent cet Uladislas, ou Ladislas, roi de Pologne, que nous avons vu[1] perdre la bataille de Varnes avec la vie (1444).

(1440) Frédéric III d’Autriche, empereur d’Allemagne, se dit roi de Hongrie, et ne le fut jamais. Il garda dans Vienne le fils d’Albert d’Autriche, que j’appellerai Ladislas Albert, pour le distinguer de tant d’autres, tandis que le fameux Jean Huniade tenait tête en Hongrie à Mahomet II, vainqueur de tant d’États. Ce Jean Huniade n’était pas roi, mais il était général chéri d’une nation libre et guerrière, et nul roi ne fut aussi absolu que lui.

Après sa mort la maison d’Autriche eut la couronne de Hongrie. Ce Ladislas Albert fut élu. Il fit périr par la main du bourreau un des fils de ce Jean Huniade, vengeur de la patrie. Mais chez les peuples libres la tyrannie n’est pas impunie ; Ladislas Albert d’Autriche fut chassé de ce trône souillé d’un si beau sang, et paya par l’exil sa cruauté.

Il restait un fils de ce grand Huniade : ce fut Mathias Corvin, que les Hongrois ne tirèrent qu’à force d’argent des mains de la maison d’Autriche. Il combattit et l’empereur Frédéric III, auquel il enleva l’Autriche, et les Turcs, qu’il chassa de la haute Hongrie.

Après sa mort, arrivée en 1490, la maison d’Autriche voulut toujours ajouter la Hongrie à ses autres États. L’empereur Maximilien, rentré dans Vienne, ne put obtenir ce royaume. Il fut déféré à un roi de Bohême, nommé encore Ladislas, que j’appellerai Ladislas de Bohême.

Les Hongrois, en se choisissant ainsi leurs rois, restreignaient toujours leur autorité, à l’exemple des nobles en Pologne, et des électeurs de l’empire. Mais il faut avouer que les nobles de Hongrie étaient de petits tyrans qui ne voulaient point être tyrannisés. Leur liberté était une indépendance funeste, et ils réduisaient le

  1. Chapitre lxxxix. Au lieu de Varnes lisez plutôt Varna.