Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/247

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l’Écosse est si pauvre qu’aujourd’hui qu’elle est réunie à l’Angleterre elle ne paye que la quarantième partie des subsides des deux royaumes[1].

Un État pauvre voisin d’un État riche est à la longue vénal. Mais tant que cette province ne se vendit point, elle fut redoutable. Les Anglais, qui subjuguèrent si aisément l’Irlande sous Henri II, ne purent dominer en Écosse. Édouard III, grand guerrier et adroit politique, la dompta, mais ne put la garder. Il y eut toujours entre les Écossais et les Anglais une inimitié et une jalousie pareille à celle qu’on voit aujourd’hui entre les Portugais et les Espagnols. La maison des Stuarts régnait sur l’Écosse depuis 1370. Jamais maison n’a été plus infortunée. Jacques Ier, après avoir été prisonnier en Angleterre dix-huit années, fut assassiné par ses sujets. (1460) Jacques II fut tué dans une expédition malheureuse à Roxborough, à l’âge de vingt-neuf ans. (1488) Jacques III, n’en ayant pas encore trente-cinq, fut tué par ses sujets en bataille rangée. (1513) Jacques IV, gendre du roi d’Angleterre Henri VII, périt âgé de trente-neuf ans dans une bataille contre les Anglais, après un règne très-malheureux. (1542) Jacques V mourut dans la fleur de son âge, à trente ans.

Nous verrons[2] la fille de Jacques V, plus malheureuse que tous ses prédécesseurs, augmenter le nombre des reines mortes par la main des bourreaux. Jacques VI son fils ne fut roi d’Écosse, d’Angleterre et d’Irlande, que pour jeter, par sa faiblesse, les fondements des révolutions qui ont porté la tête de Charles Ier sur un échafaud, qui ont fait languir Jacques VII dans l’exil, et qui tiennent encore cette famille infortunée errante loin de sa patrie[3]. Le temps le moins funeste de cette maison était celui de Charles-Quint et de François Ier : c’était alors que régnait Jacques V, père de Marie Stuart, et qu’après sa mort sa veuve, Marie de Lorraine, mère de Marie Stuart, eut la régence du royaume. Les troubles ne commencèrent à naître que sous la régence de cette Marie de Lorraine ; et la religion, comme on le verra, en fut le premier prétexte.

Je n’étendrai pas davantage ce recensement des royaumes du Nord au XVIe siècle. J’ai déjà exposé en quels termes étaient ensemble l’Allemagne, l’Angleterre, la France, l’Italie, l’Espagne :

  1. Ceci était écrit en 1740. (Note de Voltaire.)
  2. Chapitre clxix.
  3. Voltaire veut parler de Charles-Édouard, dont il rédigea le manifeste en 1745. Voyez le Précis du Siècle de Louis XV.