Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/255

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Les mûriers n’étaient encore cultivés qu’en Italie et en Espagne : l’or trait ne se fabriquait qu’à Venise et à Milan. Cependant les modes des Français se communiquaient déjà aux cours d’Allemagne, à l’Angleterre, et à la Lombardie. Les historiens italiens se plaignent que depuis le passage de Charles VIII on affectait chez eux de s’habiller à la française, et de faire venir de France tout ce qui servait à la parure.

Le pape Jules II fut le premier qui laissa croître sa barbe, pour inspirer par cette singularité un nouveau respect aux peuples. François Ier, Charles-Quint, et tous les autres rois, suivirent cet exemple, adopté à l’instant par leurs courtisans. Mais les gens de robe, toujours attachés à l’ancien usage, quel qu’il soit, continuaient de se faire raser, tandis que les jeunes guerriers affectaient la marque de la gravité et de la vieillesse. C’est une petite observation, mais elle entre dans l’histoire des usages.

Ce qui est bien plus digne de l’attention de la postérité, ce qui doit l’emporter sur toutes ces coutumes introduites par le caprice, sur toutes ces lois abolies par le temps, sur les querelles des rois qui passent avec eux, c’est la gloire des arts, qui ne passera jamais. Cette gloire a été, pendant tout le XVIe siècle, le partage de la seule Italie. Rien ne rappelle davantage l’idée de l’ancienne Grèce : Car si les arts fleurirent en Grèce au milieu des guerres étrangères et civiles, ils eurent en Italie le même sort ; et presque tout y fut