Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/261

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oublié leurs droits sur Rome. Ces prétentions réciproques ressemblaient à ces titres vains de roi de France que le roi d’Angleterre prend encore, et au nom de roi de Navarre que le roi de France conserve.

Les partis des guelfes et des gibelins étaient presque entièrement oubliés, Maximilien n’avait acquis en Italie que quelques villes qu’il devait au succès de la ligue de Cambrai, et qu’il avait prises sur les Vénitiens ; mais Maximilien imagina un nouveau moyen de soumettre Rome et l’Italie aux empereurs : ce fut d’être pape lui-même après la mort de Jules II, étant veuf de sa femme, fille de Galéas Marie Sforce, duc de Milan. On a encore deux lettres écrites de sa main, l’une à sa fille Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, l’autre au seigneur de Chièvres, par lesquelles ce dessein est manifesté : il avoue dans ces lettres qu’il marchandait le pontificat ; mais il n’était pas assez riche pour acheter cette singulière couronne tant de fois mise à l’enchère.

Qui peut savoir ce qui serait arrivé si la même tête eût porté la couronne impériale et la tiare ? le système de l’Europe eût bien changé ; mais il changea autrement sous Charles-Quint.

(1518) À la mort de Maximilien, précisément comme les indulgences et Luther commençaient à diviser l’Allemagne, François Ier roi de France, et Charles d’Autriche, roi d’Espagne, des deux Siciles, de Navarre, et souverain des dix-sept provinces des Pays-Bas, briguèrent ouvertement l’empire dans le temps que l’Allemagne, menacée par les Turcs, avait besoin d’un chef tel que François ler ou Charles d’Autriche : on n’avait point vu encore de si grands rois se disputer la couronne d’Allemagne. François Ier, plus âgé de cinq ans que son rival, en paraissait plus digne par les grandes actions qu’il venait de faire.

(1515) Dès son avènement à la couronne de France, la république de Gênes s’était remise sous la domination de la France par les intrigues de ses propres citoyens : François Ier passe aussitôt en Italie aussi rapidement que ses prédécesseurs.

Il s’agissait d’abord de conquérir le Milanais, perdu par Louis XII, et de l’arracher encore à cette malheureuse maison de Sforce. Il avait pour lui les Vénitiens, qui voulaient reprendre au moins le Véronais, enlevé par Maximilien : il avait contre lui alors le pape Léon X, vif et intrigant, et l’empereur Maximilien, affaibli par l’âge et incapable d’agir ; mais les Suisses, toujours irrités contre la France depuis leur querelle avec Louis XII, toujours animés par les harangues de Mathieu Shinner (Scheiner), cardinal de Sion, étaient les plus dangereux ennemis du roi. Ils prenaient alors le