Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/265

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Charles-Quint reprenaient la Navarre, ses troupes allemandes pénétraient jusqu’en Picardie, et ses partisans soulevaient l’Italie : les factions et la guerre étaient partout.

Le pape Léon X, toujours flottant entre François Ier et Charles-Quint, était alors pour l’empereur. Il avait raison de se plaindre des Français : ils avaient voulu lui enlever Reggio comme une dépendance du Milanais ; ils se faisaient des ennemis de leurs nouveaux voisins par des violences hors de saison. Lautrec, gouverneur du Milanais, avait fait écarteler le seigneur Pallavicini, soupçonné de vouloir soulever le Milanais, et il avait donné à son propre frère de Foix la confiscation de l’accusé. Cela seul rendait le nom français odieux. Tous les esprits étaient révoltés. Le gouvernement de France ne remédiait à ces désordres ni par sa sagesse, ni en envoyant l’argent nécessaire.

En vain le roi de France, devenu l’allié des Suisses, en avait à sa solde ; il y en eut aussi dans l’armée impériale ; et ce cardinal de Sion, toujours si funeste aux rois de France, ayant su renvoyer en leur pays ceux qui étaient dans l’armée française, Lautrec, gouverneur du Milanais, fut chassé de la capitale, et bientôt de tout le pays. (1521) Léon X mourut alors dans le temps que sa monarchie temporelle s’affermissait, et que la spirituelle commençait à tomber en décadence.

Il parut bien à quel point Charles-Quint était puissant, et quelle était la sagesse de son conseil. Il eut le crédit de faire élire pape son précepteur Adrien, quoique né à Utrecht et presque inconnu à Rome. Ce conseil, toujours supérieur à celui de François Ier, eut encore l’habileté de susciter contre la France le roi d’Angleterre Henri VIII, qui espéra pouvoir démembrer au moins ce pays qu’avaient possédé ses prédécesseurs. Charles va lui-même en Angleterre précipiter l’armement et le départ. Il sut même bientôt après détacher les Vénitiens de l’alliance de la France, et les mettre dans son parti. Pour comble, une faction qu’il avait dans Gênes, aidée de ses troupes, chasse les Français, et fait un nouveau doge sous la protection impériale : ainsi sa puissance et son adresse pressaient et entouraient de tous côtés la monarchie française.

François Ier, qui dans de telles circonstances dépensait trop à ses plaisirs, et gardait peu d’argent pour ses affaires, fut obligé de prendre dans Tours une grande grille d’argent massif dont Louis XI avait entouré le tombeau de saint Martin ; elle pesait près[1] de sept mille marcs : cet argent, à la vérité, était plus né-

  1. Voyez l’Histoire du Parlement, chapitre xvi. (Note de Voltaire.)