Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/269

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de Marignan, aussi valeureux que le chevalier Bayard, accompagné de l’intrépide noblesse de son royaume, suivi d’une armée florissante, est au milieu du Milanais. Le pape Clément VII, qui redoutait avec raison l’empereur, est hautement dans le parti du roi de France. Un des meilleurs capitaines de ce temps-là, Jean de Médicis, ayant quitté alors le service des Impériaux, combat pour lui à la tête d’une troupe choisie. Cependant il est vaincu devant Pavie ; et malgré les actions de bravoure qui suffiraient pour l’immortaliser, (1525, 14 février) il est fait prisonnier, ainsi que les principaux seigneurs de France et le roi titulaire de Navarre, Henri d’Albret, fils de celui qui avait perdu son royaume et conservé seulement le Béarn. Le malheur de François voulut encore qu’il fût pris par le seul officier français qui avait suivi le duc de Bourbon, et que le même homme qui était condamné à Paris devînt le maître de sa vie. Ce gentilhomme, nommé Pomperan, eut à la fois la gloire de le garantir de la mort et de le prendre prisonnier. Il est certain que le jour même le duc de Bourbon, l’un de ses vainqueurs, vint le voir, et jouit de son triomphe. Cette entrevue ne fut pas pour François Ier le moment le moins fatal de la journée. Jamais lettre ne fut plus vraie que celle qu’écrivit ce monarque à sa mère : « Madame, tout est perdu, hors l’honneur[1]. » Des frontières dégarnies, le trésor royal sans argent, la consternation dans tous les ordres du royaume, la désunion dans le conseil de la mère du roi régente, le roi d’Angleterre Henri VIII menaçant d’entrer en France, et d’y renouveler les temps d’Édouard III et de Henri V : tout semblait annoncer une ruine inévitable.

Charles-Quint, qui n’avait pas encore tiré l’épée, tient en prison à Madrid non-seulement un roi, mais un héros. Il semble qu’alors Charles manqua à sa fortune : car, au lieu d’entrer en France et de venir profiter de la victoire de ses généraux en Italie, il reste oisif en Espagne ; au lieu de prendre au moins le Milanais pour lui, il se croit obligé d’en vendre l’investiture à François Sforce, pour ne pas donner trop d’ombrage à l’Italie. Henri VIII, au lieu de se réunir à lui pour démembrer la France, devient jaloux de sa grandeur, et traite avec la régente. Enfin la prise de François Ier qui devait faire naître de si grandes révolutions, ne

  1. Cette phrase est passée en proverbe ; mais elle n’est pas tout à fait telle que l’a écrite le monarque français. L’autographe qui est parvenu jusqu’à nous porte : De toutes choses non mest demuré que lhonn et la vie qui est sayne ; ce qui est un peu moins noble. (B.)