Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/272

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La prise de Rome et la captivité du pape ne servirent pas plus à rendre Charles-Quint maître absolu de l’Italie que la prise de François Ier ne lui avait donné une entrée en France. L’idée de la monarchie universelle qu’on attribue à Charles-Quint est donc aussi fausse et aussi chimérique que celle qu’on imputa depuis à Louis XIV. Loin de garder Rome, loin de subjuguer toute l’Italie, il rend la liberté au pape pour quatre cent mille écus d’or (1528), dont même il n’eut jamais que cent mille, comme il rend la liberté aux enfants de France pour deux millions d’écus.

On est surpris qu’un empereur, maître de l’Espagne, des dix-sept provinces des Pays-Bas, de Naples et de Sicile, suzerain de la Lombardie, déjà possesseur du Mexique, et pour qui dans ce temps-là même on faisait la conquête du Pérou, ait si peu profité de son bonheur ; mais les premiers trésors qu’on lui avait envoyés du Mexique furent engloutis dans la mer ; il ne recevait point de tribut réglé d’Amérique, comme en reçut depuis Philippe II. Les troubles excités en Allemagne par le luthéranisme l’inquiétaient ; les Turcs en Hongrie l’alarmaient davantage : il avait à repousser à la fois Soliman et François Ier, à contenir les princes d’Allemagne, à ménager ceux d’Italie, et surtout les Vénitiens, à fixer l’inconstance de Henri VIII. Il joua toujours le premier rôle sur le théâtre de l’Europe ; mais il fut toujours bien loin de la monarchie universelle.

Ses généraux ont encore de la peine à chasser d’Italie les Français, qui étaient jusque dans le royaume de Naples. (1528) Le système de la balance et de l’équilibre était dès lors établi en Europe : car immédiatement après la prise de François Ier, l’Angleterre et les puissances italiennes se liguèrent avec la France pour balancer le pouvoir de l’empereur. Elles se liguèrent de même après la prise du pape.

(1529) La paix se fit à Cambrai, sur le plan du traité de Madrid, par lequel François Ier avait été délivré de prison. C’est à cette paix que Charles rendit les deux enfants de France, et se désista de ses prétentions sur la Bourgogne pour deux millions d’écus.

Alors Charles quitte l’Espagne pour aller recevoir la couronne des mains du pape, et pour baiser les pieds de celui qu’il avait retenu captif. Il investit François Sforce du Milanais, et Alexandre de Médicis de la Toscane ; il donne un duc à Mantoue (1529) ; il fait rendre par le pape Modène et Reggio au duc de Ferrare (1530) ; mais tout cela pour de l’argent, et sans se réserver d’autre droit que celui de la suzeraineté.

Tant de princes à ses pieds lui donnent une grandeur qui