Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/322

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pagne si souvent la vertu des femmes ? Ayant d’abord épousé le prince Artur, frère aîné de Henri VIII, et l’ayant perdu au bout de quelques mois, Henri VII l’avait fiancée à son second fils Henri, avec la dispense du pape Jules II ; et ce Henri VIII, après la mort de son père, l’avait solennellement épousée. Il eut longtemps après un bâtard d’une maîtresse nommée Blunt. Il ne sentait alors que des dégoûts de son mariage, et point de scrupules ; mais quand il aima éperdument Anne de Boulen, et qu’il ne put venir à bout de jouir d’elle sans l’épouser, alors il eut des remords de conscience, et trembla d’avoir offensé Dieu dix-huit ans avec sa femme. Ce prince, soumis encore aux papes, sollicita Clément VII de casser la bulle de Jules II, et de déclarer son mariage avec la tante de Charles-Quint contraire aux lois divines et humaines.

Clément VII, bâtard de Julien de Médicis, venait de voir Rome saccagée par l’armée de Charles-Quint. Ayant ensuite fait à peine la paix avec l’empereur, il craignait toujours que ce prince ne le fît déposer pour sa bâtardise. Il craignait encore plus qu’on ne le déclarât simoniaque, et qu’on ne produisît le fatal billet qu’il avait fait au cardinal Colonne ; billet par lequel il lui promettait des biens et des honneurs s’il parvenait au pontificat par la faveur de sa voix et de ses bons offices.

Il ne pouvait déclarer la tante de l’empereur concubine, et mettre les enfants de cette femme si longtemps légitime au rang des bâtards. D’ailleurs un pape ne pouvait guère avouer que son prédécesseur n’avait pas été en droit de donner une dispense : il aurait sapé lui-même les fondements de la grandeur pontificale en avouant qu’il y avait des lois que les papes ne pouvaient enfreindre.

Louis XII avait fait, il est vrai, dissoudre son mariage ; mais le cas était bien différent. Il n’avait point eu d’enfants de sa femme ; et le pape Alexandre VI, qui ordonna ce divorce, était lié d’intérêt avec Louis XII.

François Ier, roi de France, devenu par son second mariage neveu de Catherine d’Espagne, soutint à Rome le parti de Henri VIII, comme son allié, et surtout comme ennemi de Charles-Quint, devenu si redoutable. Le pape, pressé entre l’empereur et ces deux rois, et qui écrivait qu’il était entre l’enclume et le marteau, négocia, temporisa, promit, se rétracta, espéra que l’amour de Henri VIII durerait moins qu’une négociation italienne : il se trompa. Le monarque anglais, qui était malheureusement théologien, fit servir la théologie à son amour. Lui et tous les docteurs de son