Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/326

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Il voulut bien être le rival du pape, mais non luthérien ou sacramentaire. L’invocation des saints ne fut point abolie, mais restreinte. Il fit lire l’Écriture en langue vulgaire ; mais il ne voulut pas qu’on allât plus avant. Ce fut un crime capital de croire au pape, c’en fut un d’être protestant. Il fit brûler dans la même place ceux qui parlaient pour le pontife, et ceux qui se déclaraient de la réforme d’Allemagne.

Le célèbre Morus, qui avait été grand-chancelier, et un évêque nommé Fisher, qui refusèrent de prêter le serment de suprématie, c’est-à-dire de reconnaître Henri VIII pour le pape d’Angleterre, furent condamnés, par le parlement, à perdre la tête, selon la rigueur de la loi nouvellement portée ; car c’était toujours avec le glaive de la loi que Henri VIII faisait périr quiconque résistait.

Presque tous les historiens, et surtout ceux de la communion romaine, se sont accordés à regarder ce Thomas More ou Morus comme un homme vertueux, comme une victime des lois, comme un sage rempli de clémence et de bonté ainsi que de doctrine ; mais la vérité est que c’était un superstitieux et un barbare persécuteur. Il avait, un an avant son supplice, fait venir chez lui un avocat nommé Bainham, accusé de favoriser les opinions des luthériens ; et, l’ayant fait battre de verges en sa présence, l’ayant ensuite fait conduire à la Tour, où il fut témoin des tortures qu’il lui fit subir, il l’avait enfin fait brûler vif dans la place de Smithfield. Plusieurs autres malheureux avaient péri dans les flammes par des arrêts principalement émanés de ce chancelier qu’on nous peint comme un homme si doux et si tolérant. C’était pour de telles cruautés qu’il méritait le dernier supplice, et non pas pour avoir nié la nouvelle suprématie de Henri VIII. Il mourut en plaisantant : il eût mieux valu avoir un caractère plus sérieux et moins barbare.

Le pape Paul III, successeur de Clément VII, crut sauver la vie à l’évêque Fisher, pendant qu’on instruisait son procès, en lui envoyant le chapeau de cardinal : il ne fit que donner au roi le plaisir de faire périr un cardinal sur l’échafaud. La tête du cardinal Polus, ou de La Pôle, qui était à Rome, fut mise à prix. Le roi fit périr par la main du bourreau la mère de ce cardinal, sans respecter ni la vieillesse ni le sang royal dont elle était ; et tout cela parce qu’on lui contestait sa qualité de pape anglais.

Un jour le roi, sachant qu’il y avait à Londres un sacramentaire assez habile, nommé Lambert, voulut se donner la gloire de disputer contre lui dans une grande assemblée convoquée à Westminster. La fin de la dispute fut que le roi lui donna le choix