Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/328

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qu’il avait eu ses faveurs, et qui ne lui fut jamais confronté. La lettre que cette malheureuse reine écrivit à son mari avant d’aller à l’échafaud paraît un grand témoignage de son innocence et de son courage. « Vous m’avez toujours élevée, dit-elle : de simple demoiselle vous me fîtes marquise ; de marquise, reine ; et de reine vous voulez aujourd’hui me faire sainte. » Enfin Anne de Boulen passa du trône à l’échafaud par la jalousie d’un mari qui ne l’aimait plus (19 mai 1536). Ce ne fut pas la vingtième tête couronnée qui périt tragiquement en Angleterre, mais ce fut la première qui mourut par la main du bourreau. Le tyran (on ne peut lui donner un autre nom) fit encore un divorce avec sa femme avant de la faire mourir, et par là déclara bâtarde sa fille Élisabeth, comme il avait déclaré bâtarde sa première fille Marie.

Dès le lendemain même de l’exécution de la reine, il épousa Jeanne de Seymour, qui mourut l’année suivante, après lui avoir donné un fils.

(1539) Henri passe bientôt à de nouvelles noces avec Anne de Clèves, séduit par un portrait que le fameux peintre Holbein avait fait de cette princesse. Mais quand il la vit, il la trouva si différente de ce portrait qu’au bout de six mois il se résolut à un troisième divorce. Il dit à son clergé qu’en épousant Anne de Clèves il n’avait pas donné un consentement intérieur à son mariage. On ne peut avoir l’audace d’alléguer une telle raison que quand on est sûr que ceux à qui on la donne auront la lâcheté de la trouver bonne. Les bornes de la justice et de la honte étaient passées depuis longtemps. Le clergé et le parlement donnèrent la sentence de divorce. Il épousa une cinquième femme : c’est Catherine Howard, l’une de ses sujettes. Tout autre se fût lassé d’exposer sans cesse au public la honte vraie ou fausse de sa maison. Mais Henri, ayant appris que la reine, avant son mariage, avait eu des amants, fit encore trancher la tête à cette reine (13 février 1542) pour une faute passée qu’il devait ignorer, et qui ne méritait aucune peine lorsqu’elle fut commise.

Souillé de trois divorces et du sang de deux épouses, il fit porter une loi dont la honte, la cruauté, le ridicule, l’impossibilité dans l’exécution, sont égales : c’est que tout homme qui sera instruit d’une galanterie de la reine doit l’accuser, sous peine de haute trahison ; et que toute fille qui épouse un roi d’Angleterre, et n’est pas vierge, doit le déclarer sous la même peine.

La plaisanterie (si on pouvait plaisanter dans une telle cour) disait qu’il fallait que le roi épousât une veuve : aussi en épousa-t-il une dans la personne de Catherine Parr, sa sixième femme