Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/371

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malgré ses vices, avait destiné sa ville d’Alexandrie à être le centre du commerce et le lien des nations : elle l’avait été en effet, et sous les Ptolémées, et sous les Romains, et sous les Arabes. Elle était l’entrepôt de l’Égypte, de l’Europe, et des Indes. Venise, au XVe siècle, tirait presque seule d’Alexandrie les denrées de l’Orient et du Midi, et s’enrichissait, aux dépens du reste de l’Europe, par cette industrie et par l’ignorance des autres chrétiens. Sans le voyage de Vasco de Gama, cette république devenait bientôt la puissance prépondérante de l’Europe ; mais le passage du cap de Bonne-Espérance détourna la source de ses richesses.

Les princes avaient jusque-là fait la guerre pour ravir des terres ; on la fit alors pour établir des comptoirs. Dès l’an 1500, on ne put avoir du poivre à Calicut qu’en répandant du sang.

Alfonse d’Albuquerque et d’autres fameux capitaines portugais, en petit nombre, combattirent successivement les rois de Calicut, d’Ormus, de Siam, et défirent la flotte du Soudan d’Égypte, Les Vénitiens, aussi intéressés que l’Égypte à traverser les progrès du Portugal, avaient proposé à ce Soudan de couper l’isthme de Suez à leurs dépens, et de creuser un canal qui eût joint le Nil à la mer Rouge. Ils eussent, par cette entreprise, conservé l’empire du commerce des Indes ; mais les difficultés firent évanouir ce grand projet, tandis que d’Albuquerque prenait la ville de Goa (1510) au deçà du Gange, Malaca (1511) dans la Chersonèse d’or, Aden (1513) à l’entrée de la mer Rouge, sur les côtes de l’Arabie Heureuse, et qu’enfin il s’emparait d’Ormus dans le golfe de Perse.

(1514) Bientôt les Portugais s’établirent sur toutes les côtes de l’île de Ceylan, qui produit la cannelle la plus précieuse et les plus beaux rubis de l’Orient. Ils eurent des comptoirs au Bengale ; ils trafiquèrent jusqu’à Siam, et fondèrent la ville de Macao sur la frontière de la Chine. L’Éthiopie orientale, les côtes de la mer Rouge, furent fréquentées par leurs vaisseaux. Les îles Moluques, seul endroit de la terre où la nature a placé le girofle, furent découvertes et conquises par eux. Les négociations et les combats contribuèrent à ces nouveaux établissements : il y fallut faire ce commerce nouveau à main armée.

Les Portugais, en moins de cinquante ans, ayant découvert cinq mille lieues de côtes, furent les maîtres du commerce par l’océan Éthiopique et par la mer Atlantique. Ils eurent, vers l’an 1540, des établissements considérables depuis les Moluques jusqu’au golfe Persique, dans une étendue de soixante degrés de longitude. Tout ce que la nature produit d’utile, de rare,