Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/370

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qui a si longtemps voyagé parmi eux, est sûr que ces peuples descendent de Céthura, l’une des femmes d’Abraham, et qu’ils adorent un petit cerf-volant. On est fort peu instruit de leur théologie ; et quant à leur arbre généalogique, je ne sais si Pierre Kolb a eu de bons mémoires[1].

Si la circoncision a dû étonner les premiers philosophes qui voyagèrent en Égypte et à Colchos, l’opération des Hottentots dut étonner bien davantage : on coupe un testicule à tous les mâles, de temps immémorial, sans que ces peuples sachent pourquoi et comment cette coutume s’est introduite parmi eux. Quelques-uns d’eux ont dit aux Hollandais que ce retranchement les rendait plus légers à la course ; d’autres, que les herbes aromatiques dont on remplace le testicule coupé les rendent plus vigoureux. Il est certain qu’ils n’en peuvent rendre qu’une mauvaise raison ; et c’est l’origine de bien des usages dans le reste de la terre.

(1497) Gama ayant doublé la pointe de l’Afrique, et remontant par ces mers inconnues vers l’équateur, n’avait pas encore repassé le capricorne, qu’il trouva, vers Sofala, des peuples policés qui parlaient arabe. De la hauteur des Canaries jusqu’à Sofala, les hommes, les animaux, les plantes, tout avait paru d’une espèce nouvelle. La surprise fut extrême de retrouver des hommes qui ressemblaient à ceux du continent connu. Le mahométisme commençait à pénétrer parmi eux ; les musulmans, en allant à l’orient de l’Afrique, et les chrétiens, en remontant par l’occident, se rencontraient à une extrémité de la terre.

(1498) Ayant enfin trouvé des pilotes mahométans à quatorze degrés de latitude méridionale, il aborda dans les grandes Indes au royaume de Calicut, après avoir reconnu plus de quinze cents lieues de côtes.

Ce voyage de Gama fut ce qui changea le commerce de l’ancien monde. Alexandre, que des déclamateurs[2] n’ont regardé que comme un destructeur, et qui cependant fonda plus de villes qu’il n’en détruisit, homme sans doute digne du nom de grand

  1. Pierre Kolben fut envoyé au Cap pour y faire des observations par le baron Van Krosich, conseiller privé de Frédéric de Prusse. Les directeurs de la Compagnie des Indes, auprès desquels il avait des recommandations, le nommèrent secrétaire des colonies de Stellenboch et de Drakenstein. Après huit ans de séjour dans le pays, il revint en Europe, et, en 1719, il publia à Nuremberg, en langue allemande, in-folio, le premier volume de l’État présent du Cap de Bonne-Espérance, avec carte et planches. Le second parut plus tard. (E. B.)
  2. Cette expression désigne peut-être Boileau : voyez dans le Dictionnaire philosophique l’article Alexandre.