Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/390

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Colombo, cinq ans auparavant, avait montré le chemin au reste du monde.

Il a paru depuis peu à Florence une vie de cet Améric Vespuce, dans laquelle il ne paraît pas qu’on ait respecté la vérité, ni qu’on ait raisonné conséquemment. On s’y plaint de plusieurs auteurs français qui ont rendu justice à Colombo. Ce n’était pas aux Français qu’il fallait s’en prendre, mais aux Espagnols, qui les premiers ont rendu cette justice. L’auteur de la vie de Vespuce dit qu’il veut « confondre la vanité de la nation française, qui a toujours combattu avec impunité la gloire et la fortune de l’Italie ». Quelle vanité y a-t-il à dire que ce fut un Génois qui découvrit l’Amérique ? quelle injure fait-on à la gloire de l’Italie en avouant que c’est un Italien né à Gênes à qui l’on doit le nouveau monde ? Je remarque exprès ce défaut d’équité, de politesse, et de bon sens, dont il n’y a que trop d’exemples ; et je dois dire que les bons écrivains français sont en général ceux qui sont le moins tombés dans ce défaut intolérable. Une des raisons qui les font lire dans toute l’Europe, c’est qu’ils rendent justice à toutes les nations.

Les habitants des îles et de ce continent étaient une espèce d’hommes nouvelle ; aucun n’avait de barbe. Ils furent aussi étonnés du visage des Espagnols que des vaisseaux et de l’artillerie ; ils regardèrent d’abord ces nouveaux hôtes comme des montres, ou des dieux qui venaient du ciel ou de l’Océan. Nous apprenions alors, par les voyages des Portugais et des Espagnols, le peu qu’est notre Europe, et quelle variété règne sur la terre. On avait vu qu’il y avait dans l’Indoustan des races d’hommes jaunes. Les noirs, distingués encore en plusieurs espèces, se trouvaient en Afrique et en Asie assez loin de l’équateur ; et quand on eut depuis percé en Amérique jusque sous la ligne, on vit que la race y est assez blanche. Les naturels du Brésil sont de couleur de bronze. Les Chinois paraissaient encore une espèce entièrement différente par la conformation de leur nez, de leurs yeux, et de leurs oreilles, par leur couleur, et peut-être encore même par leur génie ; mais ce qui est plus à remarquer, c’est que, dans quelques régions que ces races soient transplantées, elles ne changent point quand elles ne se mêlent pas aux naturels du pays. La membrane muqueuse des nègres, reconnue noire, et qui est la cause de leur couleur, est une preuve manifeste qu’il y a dans chaque espèce d’hommes, comme dans les plantes, un principe qui les différencie.

La nature a subordonné à ce principe ces différents degrés