Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/428

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elles ont procuré d’assez grands avantages. Les possessions anglaises en terre ferme commencent à dix degrés de notre tropique, dans un des plus heureux climats. C’est dans ce pays, nommé Caroline, que les Français ne purent s’établir ; et les Anglais n’en ont pris possession qu’après s’être assurés des côtes plus septentrionales.

Vous avez vu les Espagnols et les Portugais maîtres de presque tout le nouveau monde, depuis le détroit de Magellan jusqu’à la Floride. Après la Floride est cette Caroline, à laquelle les Anglais ont ajouté depuis peu la partie du sud appelée la Géorgie, du nom du roi George Ier : ils n’ont eu la Caroline que depuis 1664. Le plus grand lustre de cette colonie est d’avoir reçu ses lois du philosophe Locke. La liberté entière de conscience, la tolérance de toutes les religions fut le fondement de ces lois. Les épiscopaux y vivent fraternellement avec les puritains ; ils y permettent le culte des catholiques leurs ennemis, et celui des Indiens nommés idolâtres ; mais, pour établir légalement une religion dans le pays, il faut être sept pères de famille. Locke a considéré que sept familles avec leurs esclaves pourraient composer cinq à six cents personnes, et qu’il ne serait pas juste d’empêcher ce nombre d’hommes de servir Dieu suivant leur conscience, parce qu’étant gênés ils abandonneraient la colonie.

Les mariages ne se contractent, dans la moitié du pays, qu’en présence du magistrat ; mais ceux qui veulent joindre à ce contrat civil la bénédiction d’un prêtre peuvent se donner cette satisfaction.

Ces lois semblèrent admirables, après les torrents de sang que l’esprit d’intolérance avait répandus dans l’Europe ; mais on n’aurait pas seulement songé à faire de telles lois chez les Grecs et chez les Romains, qui ne soupçonnèrent jamais qu’il pût arriver un temps où les hommes voudraient forcer, le fer à la main, d’autres hommes à croire. Il est ordonné par ce code humain de traiter les nègres avec la même humanité qu’on a pour ses domestiques. La Caroline possédait en 1757 quarante mille nègres et vingt mille blancs.

Au delà de la Caroline est la Virginie, nommée ainsi en l’honneur de la reine Élisabeth, peuplée d’abord par les soins du fameux Raleigh, si cruellement récompensé depuis par Jacques Ier. Cet établissement ne s’était pas fait sans de grandes peines. Les sauvages, plus aguerris que les Mexicains et aussi injustement attaqués, détruisirent presque toute la colonie.

On prétend que depuis la révocation de l’édit de Nantes, qui