Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/462

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Ces épargnes lui donnaient de quoi mettre en mer des galères. Son zèle sollicitait tous les princes chrétiens ; mais il ne trouvait que tiédeur ou impuissance. Il s’adressait en vain au roi de France Charles IX, à l’empereur Maximilien, au roi de Portugal don Sébastien, au roi de Pologne Sigismond II.

Charles IX était allié des Turcs, et n’avait point de vaisseaux à donner. L’empereur Maximilien II craignait les Turcs ; il manquait d’argent, et, ayant fait une trêve avec eux, il n’osait la rompre. Le roi don Sébastien était encore trop jeune pour exercer ce courage qui, depuis, le fit périr en Afrique. La Pologne était épuisée par une guerre avec les Russes, et Sigismond, son roi, était dans une vieillesse languissante. Il n’y eut donc que Philippe II qui entra dans les vues du pape. Lui seul, de tous les rois catholiques, était assez riche pour faire les plus grands frais de l’armement nécessaire ; lui seul pouvait, par les arrangements de son administration, parvenir à l’exécution prompte de ce projet : il y était principalement intéressé par la nécessité d’écarter les flottes ottomanes de ses États d’Italie et de ses places d’Afrique ; et il se liguait avec les Vénitiens, dont il fut toujours l’ennemi secret en Italie, contre les Turcs qu’il craignait davantage.

Jamais grand armement ne se fit avec tant de célérité. Deux cents galères, six grosses galéasses, vingt-cinq vaisseaux de guerre, avec cinquante navires de charge, furent prêts dans les ports de Sicile, en septembre, cinq mois après la prise de l’île de Chypre. Philippe II avait fourni la moitié de l’armement. Les Vénitiens furent chargés des deux tiers de l’autre moitié, et le reste était fourni par le pape. Don Juan d’Autriche, ce célèbre bâtard de Charles-Quint, était le général de la flotte. Marc-Antoine Colonne commandait après lui, au nom du pape. Cette maison Colonne, si longtemps ennemie des pontifes, était devenue l’appui de leur grandeur. Sébastien Veniero, que nous nommons Venier, était général de la mer pour les Vénitiens. Il y avait eu trois doges dans sa maison, et aucun d’eux n’eut autant de réputation que lui. Barbarigo, dont la maison n’était pas moins célèbre à Venise, était provéditeur, c’est-à-dire intendant de la flotte. Malte envoya trois de ses galères, et ne pouvait en fournir davantage. Il ne faut pas compter Gênes, qui craignait plus Philippe II que Sélim, et qui n’envoya qu’une galère.

Cette armée navale portait, disent les historiens, cinquante mille combattants. On ne voit guère que des exagérations dans des récits de bataille. Deux cent six galères et vingt-cinq vaisseaux ne pouvaient être armés, tout au plus, que de vingt mille