Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/473

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rendu, spécifiant de plus expressément que, soit que les huit cent mille écus d’or fussent payés ou non, Henri et ses successeurs demeureraient toujours obligés à rendre Calais et son territoire[1]. On a toujours regardé cette paix comme le triomphe de Philippe II. Le P. Daniel y cherche en vain des avantages pour la France ; en vain il compte Metz, Toul, et Verdun, conservés par cette paix : il n’en fut point du tout question dans le traité de Cateau-Cambresis. Philippe ne faisait aucune attention aux intérêts de l’Allemagne, et il prenait fort peu à cœur ceux de Ferdinand son oncle, auquel il ne pardonna jamais le refus de se démettre de l’empire en sa faveur. Si ce traité produisit quelque avantage à la France, ce fut celui de la dégoûter pour toujours du dessein de conquérir Milan et Naples. À l’égard de Calais, cette clef de la France ne fut jamais rendue à ses anciens ennemis, et les huit cent mille écus d’or ne furent jamais payés.

Cette guerre finit encore, comme tant d’autres, par un mariage. Philippe prit pour troisième femme Isabelle, fille de Henri II, qui avait été promise à don Carlos ; mariage infortuné, qui fut, dit-on, la cause de la mort prématurée de don Carlos et de la princesse.

Philippe, après de si glorieux commencements, retourna triomphant en Espagne sans avoir tiré l’épée ; tout favorisait sa grandeur. Le pape Paul IV avait été forcé de lui demander la paix, et il la lui avait donnée. Henri II, son beau-père et son ennemi naturel, venait d’être tué dans un tournoi, et laissait la France pleine de factions, gouvernée par des étrangers, sous un roi enfant. Philippe, du fond de son cabinet, était le seul roi en Europe puissant et redoutable. Il n’avait qu’une inquiétude, c’était que la religion protestante ne se glissât dans quelqu’un de ses États, surtout dans les Pays-Bas, voisins de l’Allemagne ; pays où il ne commandait point à titre de roi, mais à titre de duc, de comte, de marquis, de simple seigneur ; pays où les lois fondamentales bornaient plus qu’ailleurs l’autorité du souverain.

Son grand principe fut de gouverner le saint-siége en lui prodiguant les plus grands respects, et d’exterminer partout les protestants. Il y en avait un très-petit nombre en Espagne. Il promit solennellement devant un crucifix de les détruire tous, et il accomplit son vœu : l’Inquisition le seconda bien. On brûla à petit feu dans Valladolid tous ceux qui étaient soupçonnés ; et Philippe, des fenêtres de son palais, contemplait leur supplice,

  1. Ni Mézerai ni Daniel n’ont rapporté fidèlement ce traité. (Note de Voltaire.)