Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/476

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il était sujet de Philippe en qualité de son stadt-holder, et comme possédant des terres dans les Pays-Bas.

Philippe voulut être souverain absolu dans les Pays-Bas, ainsi qu’il l’était en Espagne. Il suffisait d’être homme pour avoir ce projet, tant l’autorité cherche toujours à renverser les barrières qui la restreignent ; mais Philippe trouvait encore un autre avantage à être despotique dans un vaste et riche pays, voisin de la France ; il pouvait en ce cas démembrer au moins la France pour jamais, puisqu’on perdant sept provinces, et étant souvent très-gêné dans les autres, il fut encore sur le point de subjuguer ce royaume, sans même être jamais à la tête d’aucune armée.

(1565) Il voulut donc abroger toutes les lois, imposer des taxes arbitraires, créer de nouveaux évêques, et établir l’Inquisition, qu’il n’avait pu faire recevoir ni dans Naples ni dans Milan. Les Flamands sont naturellement de bons sujets et de mauvais esclaves. La seule crainte de l’Inquisition fit plus de protestants que tous les livres de Calvin chez ce peuple, qui n’est assurément porté par son caractère ni à la nouveauté ni aux remuements. Les principaux seigneurs s’unissent d’abord à Bruxelles pour représenter leurs droits à la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite de Parme, fille naturelle de Charles-Quint. Leurs assemblées s’appelaient une conspiration, à Madrid : c’était, dans les Pays-Bas, l’acte le plus légitime. Il est certain que les confédérés n’étaient point des rebelles, qu’ils envoyèrent le comte de Berghes et le seigneur de Montmorency-Montigny porter en Espagne leurs plaintes au pied du trône. Ils demandaient l’éloignement du cardinal de Granvelle, premier ministre, dont ils craignaient les artifices. La cour leur envoya le duc d’Albe avec des troupes espagnoles et italiennes, et avec l’ordre d’employer les bourreaux autant que les soldats. Ce qui peut ailleurs étouffer aisément une guerre civile fut précisément ce qui la fit naître en Flandre. Guillaume de Nassau, prince d’Orange, surnommé le Taciturne, songea presque seul à prendre les armes, tandis que tous les autres pensaient à se soumettre.

Il y a des esprits fiers, profonds, d’une intrépidité tranquille et opiniâtre, qui s’irritent par les difficultés. Tel était le caractère de Guillaume le Taciturne, et tel a été depuis son arrière-petit-fils le prince d’Orange, roi d’Angleterre. Guillaume le Taciturne n’avait ni troupes ni argent pour résister à un monarque tel que Philippe II ; les persécutions lui en donnèrent. Le nouveau tribunal établi à Bruxelles jeta les peuples dans le désespoir. Le comte d’Egmont et de Horn, avec dix-huit gentilshommes, ont