Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/481

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dans son édit de proscription, avoue qu’il a violé le serment qu’il avait fait aux Flamands, et dit que « le pape l’a dispensé de ce serment ». Il croyait donc que cette raison pouvait faire une forte impression sur les esprits des catholiques ? Mais combien devait-elle irriter les protestants, et les affermir dans leur défection !

La réponse de Guillaume est un des plus beaux monuments de l’histoire[1]. De sujet qu’il avait été de Philippe, il devient son égal dès qu’il est proscrit. On voit dans son apologie un prince d’une maison impériale non moins ancienne, non moins illustre autrefois que la maison d’Autriche, un stathouder qui se porte pour accusateur du plus puissant roi de l’Europe au tribunal de toutes les cours et de tous les hommes. Il est enfin supérieur à Philippe en ce que, pouvant le proscrire à son tour, il abhorre cette vengeance, et n’attend sa sûreté que de son épée.

Philippe dans ce temps-là même était plus redoutable que jamais : car il s’emparait du Portugal sans sortir de son cabinet, et pensait réduire de même les Provinces-Unies. Guillaume avait à craindre d’un côté les assassins, et de l’autre un nouveau maître dans le duc d’Anjou, frère de Henri III, arrivé dans les Pays-Bas, et reconnu par les peuples pour duc de Brabant et comte de Flandre. Il fut bientôt défait du duc d’Anjou, comme de l’archiduc Mathias.

(1580) Ce duc d’Anjou voulut être souverain absolu d’un pays qui l’avait choisi pour son protecteur. Il y a eu de tout temps des conspirations contre les princes : ce prince en fit une contre les peuples. Il voulut surprendre à la fois Anvers, Bruges, et d’autres villes qu’il était venu défendre. Quinze cents Français furent tués dans la surprise inutile d’Anvers : ses mesures manquèrent sur les autres places. Pressé d’un côté par Alexandre Farnèse, de l’autre, haï des peuples, il se retira en France couvert de honte, et laissa le duc de Parme et le prince d’Orange se disputer les Pays-Bas, qui devinrent le théâtre le plus illustre de la guerre en Europe, et l’école militaire où les braves de tous les pays allèrent faire leur apprentissage.

Des assassins vengèrent enfin Philippe du prince d’Orange. Un Français, nommé Salcède[2], trama sa mort. Jaurigny[3], Espagnol, le blessa d’un coup de pistolet dans Anvers (1583). Enfin Balthasar Gérard, Franc-Comtois, le tua dans Delft (1584), aux

  1. Apologie, ou Défense du très-illustre prince Guillaume.
  2. Ou mieux Salseda.
  3. Ou mieux Jean Jaureguy, né en Biscaye. (G. A.)