Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/503

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et l’énergie avec laquelle elle s’exprimait dans une langue étrangère.

Malgré cette haine contre la religion romaine, il est sûr qu’elle ne fut point sanguinaire avec les catholiques de son royaume, comme Marie l’avait été avec les protestants. Il est vrai que le jésuite Créton, le jésuite Campion, et d’autres, furent pendus (1581), dans le temps même que le duc d’Anjou, frère de Henri III, préparait tout à Londres pour son mariage avec la reine, lequel ne se fit point ; mais ces jésuites furent unanimement condamnés pour des conspirations et des séditions dont ils furent accusés : l’arrêt fut donné sur les dépositions des témoins. Il se peut que ces victimes fussent innocentes ; mais aussi la reine était innocente de leur mort, puisque les lois seules avaient agi : nous n’avons d’ailleurs nulle preuve de leur innocence, et les preuves juridiques de leurs crimes subsistent dans les archives de l’Angleterre.

Plusieurs personnes en France s’imaginent encore qu’Élisabeth ne fît périr le comte d’Essex que par une jalousie de femme ; elles le croient sur la foi d’une tragédie et d’un roman. Mais quiconque a un peu lu sait que la reine avait alors soixante et huit ans ; que le comte d’Essex fut coupable d’une révolte ouverte, fondée sur le déclin même de l’âge de la reine, et sur l’espérance de profiter du déclin de sa puissance ; qu’il fut enfin condamné par ses pairs, lui et ses complices.

La justice, plus exactement rendue sous le règne d’Élisabeth que sous aucun de ses prédécesseurs, fut un des fermes appuis de son administration. Les finances ne furent employées qu’à défendre l’État.

Elle eut des favoris, et n’en enrichit aucun aux dépens de la patrie. Son peuple fut son premier favori ; non qu’elle l’aimât en effet, mais elle sentait que sa sûreté et sa gloire dépendaient de le traiter comme si elle l’eût aimé.

Élisabeth aurait joui de cette gloire sans tache si elle n’eût pas souillé un si beau règne par l’assassinat de Marie Stuart, qu’elle osa commettre avec le glaive de la justice.

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