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CHAPITRE CLXIX.


De la reine Marie Stuart.


Il est difficile de savoir la vérité tout entière dans une querelle de particuliers ; combien plus dans une querelle de têtes couronnées, lorsque tant de ressorts secrets sont employés, lorsque les deux partis font valoir également la vérité et le mensonge ! Les auteurs contemporains sont alors suspects ; ils sont pour la plupart les avocats d’un parti, plutôt que les dépositaires de l’histoire. Je dois donc m’en tenir aux faits avérés dans les obscurités de cette grande et fatale aventure.

Toutes les rivalités étaient entre Marie et Élisabeth, rivalité de nation, de couronne, de religion ; celle de l’esprit, celle de la beauté. Marie, bien moins puissante, moins maîtresse chez elle, moins ferme, et moins politique, n’avait de supériorité sur Élisabeth que celle de ses agréments, qui contribuèrent même à son malheur. La reine d’Écosse encourageait la faction catholique en Angleterre, et la reine d’Angleterre animait avec plus de succès la faction protestante en Écosse. Élisabeth porta d’abord la supériorité de ses intrigues jusqu’à empêcher longtemps Marie d’Écosse de se remarier à son choix.

(1565) Cependant Marie, malgré les négociations de sa rivale, malgré les états d’Écosse composés de protestants, et malgré le comte de Murray, son frère naturel, qui était à leur tête, épouse Henri Stuart, comte Darnley, son parent, et catholique comme elle, Élisabeth alors excite sous main les seigneurs protestants, sujets de Marie, à prendre les armes ; la reine d’Écosse les poursuivit elle-même, et les contraignit de se retirer en Angleterre : jusque-là tout lui était favorable, et sa rivale était confondue.

La faiblesse du cœur de Marie commença tous ses malheurs. Un musicien italien, nommé David Rizzio, fut trop avant dans ses bonnes grâces. Il jouait bien des instruments, et avait une voix de basse agréable : c’est d’ailleurs une preuve que déjà les Italiens avaient l’empire de la musique, et qu’ils étaient en possession d’exercer leur art dans les cours de l’Europe ; toute la musique de la reine d’Écosse était italienne. Une preuve plus forte que les cours étrangères se servent de quiconque est en crédit, c’est que David Rizzio était pensionnaire du pape. Il contribua beaucoup