Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/514

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qu’il ne lui appartenait pas de le convoquer, et qu’elle usurpait le droit du pape. Il disputait cependant dans cette assemblée qu’il réprouvait ; il dit en parlant de l’eucharistie, que « Dieu était à la place du pain et du vin, comme un roi qui se fait lui-même son ambassadeur ». Cette puérilité fit rire. Son audace avec la reine excita l’indignation. Les petites choses nuisent quelquefois beaucoup ; et dans la disposition des esprits tout servait à la cause de la religion nouvelle.

(Janvier 1562) Le résultat du colloque et des intrigues qui le suivirent fut un édit par lequel les protestants pouvaient avoir des prêches hors des villes ; et cet édit de pacification fut encore la source des guerres civiles. Le duc François de Guise, qui n’était plus lieutenant général du royaume, voulait toujours en être le maître. Il était déjà lié avec le roi d’Espagne Philippe II, et se faisait regarder par le peuple comme le protecteur de la catholicité. Les seigneurs ne marchaient dans ce temps-là qu’avec un nombreux cortége : on ne voyageait point comme aujourd’hui dans une chaise de poste précédée de deux ou trois domestiques ; on était suivi de plus de cent chevaux : c’était la seule magnificence. On couchait trois ou quatre dans le même lit, et on allait à la cour habiter une chambre où il n’y avait que des coffres pour meubles. Le duc de Guise, en passant auprès de Vassy sur les frontières de Champagne, trouva des calvinistes qui, jouissant du privilége de l’édit, chantaient paisiblement leurs psaumes dans une grange : ses valets insultèrent ces malheureux ; ils en tuèrent environ soixante, blessèrent et dissipèrent le reste. Alors les protestants se soulèvent dans presque tout le royaume. Toute la France est partagée entre le prince de Condé et François de Guise. Catherine de Médicis flotte entre eux deux. Ce ne fut de tous côtés que massacres et pillages. Elle était alors dans Paris avec le roi son fils ; elle s’y voit sans autorité ; elle écrit au prince de Condé de venir la délivrer. Cette lettre funeste était un ordre de continuer la guerre civile ; on ne la faisait qu’avec trop d’inhumanité : chaque ville était devenue une place de guerre, et les rues des champs de bataille.

(1562) D’un côté étaient les Guises, réunis par bienséance avec la faction du connétable de Montmorency, maître de la personne du roi ; de l’autre était le prince de Condé avec les Coligny. Antoine, roi de Navarre, premier prince du sang, faible et irrésolu, ne sachant de quelle religion ni de quel parti il était, jaloux du prince de Condé son frère, et servant malgré lui le duc de Guise qu’il détestait, est traîné au siége de Rouen avec Cathe-