Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/515

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rine de Médicis elle-même : il est tué à ce siége, et il ne mérite d’être placé dans l’histoire que parce qu’il fut le père du grand Henri IV.

La guerre se fit toujours jusqu’à la paix de Vervins, comme dans les temps anarchiques de la décadence de la seconde race et du commencement de la troisième. Très-peu de troupes réglées de part et d’autre, excepté quelques compagnies de gens d’armes des principaux chefs : la solde n’était fondée que sur le pillage. Ce que la faction protestante pouvait amasser servait à faire venir des Allemands pour achever la destruction du royaume. Le roi d’Espagne, de son côté, envoyait de petits secours aux catholiques pour entretenir cet incendie, dont il espérait profiter. C’est ainsi que treize enseignes espagnoles marchèrent au secours de Montluc dans la Saintonge. Ces temps furent sans contredit les plus funestes de la monarchie.

(1562) La première bataille rangée qui se donna fut celle de Dreux. Ce n’était pas seulement Français contre Français : les Suisses faisaient la principale force de l’infanterie royale, les Allemands celle de l’armée protestante. Cette journée fut unique par la prise des deux généraux : Montmorency, qui commandait l’armée royale en qualité de connétable, et le prince de Condé, furent tous deux prisonniers. François de Guise, lieutenant du connétable, gagna la bataille, et Coligny, lieutenant de Condé, sauva son armée. Guise fut alors au comble de sa gloire : toujours vainqueur partout où il s’était trouvé, et toujours réparant les malheurs du connétable, son rival en autorité, mais non pas en réputation. Il était l’idole des catholiques, et le maître de la cour ; affable, généreux, et en tout sens le premier homme de l’État.

(1563) Après la victoire de Dreux, il alla faire le siége d’Orléans ; il était prêt de prendre la ville, qui était le centre de la faction protestante, lorsqu’il fut assassiné. Le meurtre de ce grand homme fut le premier que le fanatisme fit commettre en France. Ces mêmes huguenots qui, sous François Ier et sous Henri II, n’avaient su que prier Dieu et souffrir ce qu’ils appelaient le martyre, étaient devenus des enthousiastes furieux : ils ne lisaient plus l’Écriture que pour y chercher des exemples d’assassinats. Poltrot de Méré se crut un Aod envoyé de Dieu pour tuer un chef philistin. Cela est si vrai que le parti fit des vers en son honneur, et que j’ai vu encore une de ses estampes avec une inscription qui élève son crime jusqu’au ciel. Ce crime cependant n’était que celui d’un lâche, car il feignit d’être un transfuge, et assassina le duc de Guise par derrière. Il osa charger l’amiral de Coligny et