Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/519

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dant ayant des troupes ; trouvant l’art d’obtenir des secours allemands, sans pouvoir les acheter ; vaincu encore à la journée de Moncontour (1569), dans le Poitou, par l’armée du duc d’Anjou, et réparant toujours les ruines de son parti.

Il n’y avait point alors de manière uniforme de combattre. L’infanterie allemande et suisse ne se servait que de longues piques ; la française employait plus ordinairement des arquebuses avec de courtes hallebardes ; la cavalerie allemande se servait de pistolets ; la française ne combattait guère qu’avec la lance. On entremêlait souvent les bataillons et les escadrons. Les plus fortes armées n’allaient pas alors à vingt mille hommes : on n’avait pas de quoi en payer davantage. Mille petits combats suivirent la bataille de Moncontour dans toutes les provinces.

Enfin, au milieu de tant de désolations, une nouvelle paix semble faire respirer la France ; mais cette paix ne fait que la préparation de la Saint-Barthélemy (1570). Cette affreuse journée fut méditée et préparée pendant deux années. On a peine à concevoir comment une femme telle que Catherine de Médicis, élevée dans les plaisirs, et à qui le parti huguenot était celui qui lui faisait le moins d’ombrage, put prendre une résolution si barbare. Cette horreur étonne encore davantage dans un roi de vingt ans. La faction des Guises eut beaucoup de part à l’entreprise. Deux Italiens, depuis cardinaux, Birague et Retz, disposèrent les esprits. On se faisait un grand honneur alors des maximes de Machiavel, et surtout de celle qu’il ne faut pas faire le crime à demi. La maxime qu’il ne faut jamais commettre de crimes eût été même plus politique ; mais les mœurs étaient devenues féroces par les guerres civiles, malgré les fêtes et les plaisirs que Catherine de Médicis entretenait toujours à la cour. Ce mélange de galanterie et de fureurs, de voluptés et de carnage, forme le plus bizarre tableau où les contradictions de l’espèce humaine se soient jamais peintes. Charles IX, qui n’était point du tout guerrier, était d’un tempérament sanguinaire ; et quoiqu’il eût des maîtresses, son cœur était atroce. C’est le premier roi qui ait conspiré contre ses sujets. La trame fut ourdie avec une dissimulation aussi profonde que l’action était horrible. Une seule chose aurait pu donner quelque soupçon : c’est qu’un jour que le roi s’amusant à chasser des lapins dans un clapier : « Faites-les-moi tous sortir, dit-il, afin que j’aie le plaisir de les tuer tous, » Aussi un gentilhomme du parti de Coligny quitta Paris, et lui dit, en prenant congé de lui : « Je m’enfuis, parce qu’on nous fait trop de caresses. »

(1572) L’Europe ne sait que trop comment Charles IX maria