Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/526

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

comptaient pas dans la hiérarchie de l’Église ; et les cardinaux alors ne prenaient point le titre d’éminence, qu’ils ne se sont donné que sous Urbain VIII. On peut encore observer que tous les pères et les théologiens du concile parlaient en latin dans les sessions ; mais ils avaient quelque peine à s’entendre les uns les autres : un Polonais, un Anglais, un Allemand, un Français, un Italien, prononçant tous d’une manière très-différente.

(1546) Une des plus importantes questions qui furent agitées fut celle de la résidence et de l’établissement des évêques de droit divin. Presque tous les prélats, excepté ceux d’Italie, attachés particulièrement au pape, s’obstinèrent toujours à vouloir qu’on décidât que leur institution était divine, prétendant que si elle ne l’était pas ils ne se voyaient pas en droit de condamner les protestants. Mais aussi, en recevant leurs bulles du pape, comment pouvaient-ils être établis purement de droit divin ? Si le concile constatait ce droit, le pape n’était plus qu’un évêque comme eux. Sa chaire était la première dans l’Église latine, mais non le principe des autres chaires : elle perdait son autorité ; et cette question, qui d’abord semblait purement théologique, tenait en effet à la politique la plus délicate. Elle fut longtemps débattue avec éloquence, et aucun des papes sous qui se tint ce long concile ne souffrit qu’elle fût décidée.

Les matières de la prédestination et de la grâce furent longtemps agitées. Les décrets furent formés. Dominique de Soto, théologien dans ce concile, expliqua ces décrets en faveur de l’opinion des dominicains, en trois volumes in-folio ; mais frère André Vega les expliqua, en quinze tomes, à l’avantage des cordeliers.

La doctrine des sept sacrements fut ensuite examinée longtemps avec attention, et n’excita aucune dispute.

Après avoir établi cette doctrine telle qu’elle est reçue par toute l’Église latine, on passa à la pluralité des bénéfices, article plus épineux. Plusieurs voix réclament contre l’abus introduit dès longtemps de tant de prélatures accumulées dans les mêmes mains. On renouvelle les plaintes faites du temps de Clément VII, qui donna, en 1534, au cardinal Hippolyte, son neveu, la jouissance de tous les bénéfices de la terre vacants pendant six mois.

Le pape Paul III veut se réserver la décision de cette question ; mais les pères décrètent qu’on ne peut posséder deux évêchés à la fois. Ils statuent pourtant qu’on le peut avec une dispense de Rome, et c’est ce qu’on n’a jamais refusé aux prélats allemands : ainsi il est arrivé qu’un curé ne jouit jamais de deux paroisses de