Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/531

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France et d’Espagne. Le comte de Luna, ambassadeur de Philippe II, roi d’Espagne, veut être encensé à la messe, et baiser la patène avant Ferrier, ambassadeur de France. Ne pouvant obtenir cette distinction, il se réduit à souffrir qu’on emploie en même temps deux patènes et deux encensoirs : Ferrier fut inflexible. On se menace de part et d’autre ; le service est interrompu, l’église est remplie de tumulte. On apaise enfin ce différend en supprimant la cérémonie de l’encensoir et le baiser de la patène.

D’autres difficultés retardaient l’examen des questions théologiques. Les ambassadeurs de l’empereur Ferdinand, successeur de Charles-Quint, veulent que cette assemblée soit un nouveau concile, et non pas une continuation du premier. Les légats prennent un parti mitoyen ; ils disent : « Nous continuons le concile en l’indiquant, et nous l’indiquons en le continuant. »

La grande question de l’institution et de la résidence des prélats de droit divin se renouvelle avec chaleur (mars 1562) ; les évêques espagnols, aidés de quelques prélats arrivés de France, soutiennent leurs prétentions : c’est à cette occasion qu’ils se plaignent que le Saint-Esprit arrive toujours de Rome dans la malle du courrier ; bon mot célèbre dont les protestants ont triomphé.

Pie IV, outré de l’obstination des évêques, dit que les ultra-montains sont ennemis du saint-siége, qu’il aura recours à un million d’écus d’or. Les prélats espagnols se plaignent hautement que les prélats italiens abandonnent les droits de l’épiscopat, et qu’ils reçoivent du pape soixante écus d’or par mois : la plupart des prélats italiens étaient pauvres, et le saint-siége de Rome, plus riche que tous les évêques du concile ensemble, pouvait les aider avec bienséance ; mais ceux qui reçoivent sont toujours de l’avis de celui qui donne.

Pie IV offre à Catherine de Médicis, régente de France, cent mille écus d’or, et cent mille autres en prêt, avec un corps de Suisses et d’Allemands catholiques, si elle veut exterminer les huguenots de France, faire enfermer dans la Bastille Montluc, évêque de Valence, soupçonné de les favoriser, et le chancelier de L’Hospital, fils d’un juif, mais qui était le plus grand homme de France, si ce titre est dû au génie, à la science et à la probité réunies. Le pape demande encore qu’on abolisse toutes les lois des parlements de France sur tout ce qui concerne l’Église (1562) ; et dans ces espérances, il donne vingt-cinq mille écus d’avance. L’humiliation de recevoir cette aumône de vingt-cinq mille écus montre dans quel abîme de misère le gouvernement de France était alors plongé.