Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/532

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(Novembre 1562) Ce fut un plus grand opprobre quand le cardinal de Lorraine, arrivant enfin au concile avec quelques évêques français, commença par se plaindre que le pape n’eût donné que vingt-cinq mille écus au roi son maître. C’est alors que l’ambassadeur Ferrier, dans son discours au concile, compare Charles IX enfant à l’empereur Constantin. Chaque ambassadeur ne manquait pas de faire la même comparaison en faveur de son souverain : ce parallèle ne convenait à personne ; d’ailleurs Constantin ne reçut jamais d’un pape vingt-cinq mille écus de subsides, et il y avait un peu de différence entre un enfant dont la mère était régente dans une partie des Gaules, et un empereur d’Orient et d’Occident.

Les ambassadeurs de Ferdinand au concile se plaignaient cependant avec aigreur que le pape eût promis de l’argent à la France. Ils demandaient que le concile réformât le pape et sa cour, qu’il n’y eût tout au plus que vingt-quatre cardinaux, ainsi que le concile de Bâle l’avait statué (1562), ne songeant pas que ce petit nombre les rendait plus considérables. Ferdinand Ier demandait encore que chaque nation priât Dieu dans sa langue, que le calice fût accordé aux laïques, et qu’on laissât les princes allemands maîtres des biens ecclésiastiques dont ils s’étaient emparés.

On faisait de telles propositions quand on était mécontent du siége de Rome, et on les oubliait quand on s’était rapproché.

La dispute sur le calice dura longtemps. Plusieurs théologiens affirmèrent que la coupe n’est pas nécessaire à la communion ; que la manne du désert, figure de l’eucharistie, avait été mangée sans boire ; que Jonathas ne but point en mangeant son miel ; que Jésus-Christ, en donnant le pain aux apôtres, les traita en laïques, et qu’il les fit prêtres en leur donnant le vin. Cette question fut décidée avant l’arrivée du cardinal de Lorraine (16 juillet 1562) ; mais ensuite on laissa au pape la liberté d’accorder ou de refuser le vin aux laïques, selon qu’il le trouverait plus convenable.

La question du droit divin se renouvelait toujours, et divisait le concile. C’est à cette occasion que le jésuite Lainez, successeur d’Ignace dans le généralat de son ordre, et théologien du pape au concile, dit que « les autres Églises ne peuvent réformer la cour romaine, parce que l’esclave n’est pas au-dessus de son seigneur ».

Les évêques italiens étaient de son avis ; ils ne reconnaissaient de droit divin que dans le pape. Les évêques français, arrivés