Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/542

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les amis du roi de Navarre. Ce prince, qui était, comme le roi François Ier, le plus généreux chevalier de son temps, offrit de vider ce grand différend en se battant contre le duc de Guise, ou seul à seul, ou dix contre dix, ou en tel nombre qu’on voudrait. Il écrit à Henri III, son beau-frère : il lui remontre que c’est à lui et à sa couronne que la Ligue en veut, bien plus qu’aux huguenots ; il lui fait voir le précipice ouvert ; il lui offre ses biens et sa vie pour le sauver.

Mais dans ce temps-là même le pape Sixte-Quint fulmine, contre le roi de Navarre et le prince de Condé, cette fameuse bulle dans laquelle il les appelle génération bâtarde et détestable de la maison de Bourbon ; il les déclare déchus de tout droit, de toute succession. La Ligue fait valoir la bulle, et force le roi à poursuivre son beau-frère qui voulait le secourir, et à seconder le duc de Guise qui le détrônait avec respect. C’est la neuvième guerre civile depuis la mort de François II.

Henri IV (car il faut déjà l’appeler ainsi, puisque ce nom est si célèbre et si cher, et qu’il est devenu un nom propre), Henri IV eut à combattre à la fois le roi de France, Marguerite sa propre femme, et la Ligue. Marguerite, en se déclarant contre son époux, rappelait ces anciens temps de barbarie où les excommunications rompaient tous les liens de la société, et rendaient un prince exécrable à ses proches. Ce prince se fit connaître dès lors pour un grand homme, en bravant le pape jusque dans Rome, en y faisant afficher dans les carrefours un démenti formel à Sixte-Quint, et en appelant à la cour des pairs de cette bulle.

Il n’eut pas grande peine à empêcher son imprudente femme de se saisir de l’Agénois, dont elle voulut s’emparer ; et quant à l’armée royale qu’on envoya contre lui sous les ordres du duc de Joyeuse, tout le monde sait comment il la vainquit à Coutras (octobre 1587), combattant en soldat à la tête de ses troupes, faisant des prisonniers de sa main, et montrant après la victoire autant d’humanité et de modestie que de valeur pendant la bataille.

Cette journée lui fit plus de réputation qu’elle ne lui donna de véritables avantages. Son armée n’était pas celle d’un souverain qui la soudoie et qui la retient toujours sous le drapeau, c’était celle d’un chef de parti : elle n’avait point de paye réglée. Les capitaines ne pouvaient empêcher leurs soldats d’aller faire leurs moissons ; ils étaient obligés eux-mêmes de retourner dans leurs terres. On accusa Henri IV d’avoir perdu le fruit de sa victoire en allant dans le Béarn voir la comtesse de Grammont, dont il était amoureux. On ne fait pas réflexion qu’il eût été très-