Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/562

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un homme de guerre pour rétablir les finances de l’État, et qui travailla avec son ministre.

La justice est réformée, et, ce qui était beaucoup plus difficile, les deux religions vivent en paix, au moins en apparence. Le commerce, les arts, sont en honneur. Les étoffes d’argent et d’or, proscrites d’abord par un édit somptuaire dans le commencement d’un règne difficile et dans la pauvreté, reparaissent avec plus d’éclat, et enrichissent Lyon et la France. Il établit des manufactures de tapisseries de haute-lice, en laine et en soie rehaussée d’or. On commence à faire de petites glaces dans le goût de Venise. C’est à lui seul qu’on doit les vers à soie, les plantations de mûriers, malgré les oppositions de Sully, plus estimable dans sa fidélité et dans l’art de gouverner et de conserver les finances que capable de discerner les nouveautés utiles.

Henri fait creuser le canal de Briare, par lequel on a joint la Seine et la Loire. Paris est agrandi et embelli : il forme la Place-Royale ; il restaure tous les ponts. Le faubourg Saint-Germain ne tenait point à la ville ; il n’était point pavé : le roi se charge de tout. Il fait construire ce beau pont où les peuples regardent aujourd’hui sa statue avec tendresse[1]. Saint-Germain, Monceaux, Fontainebleau, et surtout le Louvre, sont augmentés, et presque entièrement bâtis. Il donne des logements dans le Louvre, sous cette longue galerie qui est son ouvrage, à des artistes en tous genres, qu’il encourageait souvent de ses regards comme par des récompenses. Il est enfin le vrai fondateur de la Bibliothèque royale.

Quand don Pèdre de Tolède fut envoyé par Philippe III en ambassade auprès de Henri, il ne reconnut plus cette ville, qu’il avait vue autrefois si malheureuse et si languissante. « C’est qu’alors le père de la famille n’y était pas, lui dit Henri, et aujourd’hui qu’il a soin de ses enfants, ils prospèrent. » Les jeux, les fêtes, les bals, les ballets introduits à la cour par Catherine de Médicis dans les temps même de troubles, ornèrent, sous Henri IV, les temps de la paix et de la félicité.

En faisant ainsi fleurir son État, il était l’arbitre des autres. Les papes n’auraient pas imaginé, du temps de la Ligue, que le Béarnais serait le pacificateur de l’Italie, et le médiateur entre eux et Venise. Cependant Paul V fut trop heureux d’avoir recours à

  1. La statue de Henri IV qui existait du temps de Voltaire a été détruite pendant la Révolution. Le cheval était l’ouvrage de Jean de Cologne ; la figure, longtemps attribuée à Guillaume Dupré, paraît être de Pierre Tacca. C’est à François-Frédéric Lemot, né à Lyon en 1771, mort le 6 mai 1827, que l’on doit la statue que l’on voit aujourd’hui. (B.)