Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/578

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SIXIÈME LETTRE.


Ne vous manderéa jamais que prises de villes et forts. En huit joursb se sont rendus à moi Saint-Mexant et Maille-Saye, et espère devant la fin du moisc que vous oyerez parler de moi[1]. Le roi triomphe ; il a fait garrotter en prison le cardinal de Guise, puis montre sur la place vingt-quatre heures le président de Neuilly, et le prévôt des marchands pendus, et le secrétaire de feu M. de Guise et trois autres. La reine sa mèred lui dit : « Mon fils, octroyez-moi une requête que je vous veux faire. — Selon ce que serae, madame. — C’est que vous me donniez M. de Nemours et le prince de Guisef ; ils sont jeunes, ils vous feront un jour service. — Je le veux bien, dit-il, madame ; je vous donne les corps et retiendrai les têtes. » Il a envoyé à Lyon pour attraper le duc de Mayenneg ; l’on ne sait ce qu’il en est réussi. L’on se bat à Orléans, et encore plus près d’ici, à Poitiers, d’où je ne serai demain qu’à sept lieues. Si le roi le voulait, je les mettrais d’accordh. Je vous plains, s’il fait tel temps où vous êtes qu’ici, car il y a dix jours qu’il ne dégèle point. Je n’attends que l’heure d’ouïr dire que l’on aura envoyé étrangler la reinei de Navarre[2] ; cela, avec la mort de sa mère, me ferait bien chanter le cantique de Siméon. C’est une trop longue lettre pour un homme de guerre. Bonsoir, mon âme, je te baise un millionj de fois ; aimez-moi comme vous en avez sujet.

C’est le premier de l’an.

Le pauvre Caramburuk est borgne, et Fleurimont s’en va mourir.

  1. Cette lettre doit être écrite trois ou quatre jours après l’assassinat du duc de Guise ; mais on le trompa sur l’exécution prétendue du président Neuilly et de La Chapelle-Marteau. Henri III les tint en prison ; ils méritaient d’être pendus, mais ils ne le furent pas. Il ne faut pas toujours croire ce que les rois écrivent ; ils ont souvent de mauvaises nouvelles. Cette erreur fut probablement corrigée dans les lettres qui suivirent, et que nous n’avons point. Ce Neuilly et ce Marteau étaient des ligueurs outrés, qui avaient massacré beaucoup de réformés et de catholiques attachés au roi, dans la journée de la Saint-Barthélemy. Rose, évêque de Senlis, ce ligueur furieux, séduisit la fille du président Neuilly, et lui fit un enfant. Jamais on ne vit plus de cruautés et de débauches. (Note de Voltaire.)
  2. C’est de sa femme dont il parle ; elle était liée avec les Guises, et la reine Catherine, sa mère, était alors malade à la mort. (Id.)