Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/583

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une règle pour l’avenir, jusqu’à ce qu’une nouvelle occasion l’abolisse.

Marie de Médicis, régente et non maîtresse du royaume, dépense en profusions, pour s’acquérir des créatures, tout ce que Henri le Grand avait amassé pour rendre sa nation puissante. Les troupes à la tête desquelles il allait combattre sont pour la plupart licenciées ; les princes dont il était l’appui sont abondonnés (1610). Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, nouvel allié de Henri IV, est obligé de demander pardon à Philippe III, roi d’Espagne, d’avoir fait un traité avec le roi de France ; il envoie son fils à Madrid implorer la clémence de la cour espagnole, et s’humilier comme un sujet, au nom de son père. Les princes d’Allemagne, que Henri avait protégés avec une armée de quarante mille hommes, ne sont que faiblement secourus. L’État perd toute sa considération au dehors ; il est troublé au dedans. Les princes du sang et les grands seigneurs remplissent la France de factions, ainsi que du temps de François II, de Charles IX, de Henri III, et depuis dans la minorité de Louis XIV.

(1614) On assemble enfin dans Paris les derniers états généraux qu’on ait tenus en France. Le parlement de Paris ne put y avoir séance. Ses députés avaient assisté à la grande assemblée des notables, tenue à Rouen en 1594 ; mais ce n’était point là une convocation d’états généraux ; les intendants des finances, les trésoriers, y avaient pris séance comme les magistrats.

L’université de Paris somma juridiquement la chambre du clergé de la recevoir comme membre des états : c’était, disait-elle, son ancien privilége ; mais l’université avait perdu ses priviléges avec sa considération, à mesure que les esprits étaient devenus plus déliés, sans être plus éclairés. Ces états, assemblés à la hâte, n’avaient point de dépôts des lois et des usages, comme le parlement d’Angleterre, et comme les diètes de l’empire : ils ne faisaient point partie de la législation suprême ; cependant ils auraient voulu être législateurs. C’est à quoi aspire nécessairement un corps qui représente une nation ; il se forme de l’ambition secrète de chaque particulier une ambition générale.

Ce qu’il y eut de plus remarquable dans ces états, c’est que le clergé demanda inutilement que le concile de Trente fût reçu en France, et que le tiers état demanda, non moins vainement, la publication de la loi « qu’aucune puissance, ni temporelle ni spirituelle, n’a droit de disposer du royaume, et de dispenser les sujets de leur serment de fidélité ; et que l’opinion, qu’il soit loisible de tuer les rois, est impie et détestable ».