Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/585

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trop délicates et trop odieuses ; elle supprima même l’arrêt du parlement, sous prétexte qu’il n’avait aucun droit de rien statuer sur les délibérations des états, qu’il leur manquait de respect, et que ce n’était pas à lui à faire des lois fondamentales : ainsi elle rejeta les armes de ceux qui combattaient pour elle, comptant n’en avoir pas besoin ; enfin tout le résultat de cette assemblée fut de parler de tous les abus du royaume, et de n’en pouvoir réformer un seul.

La France resta dans la confusion, gouvernée par le Florentin Concini, favori de la reine, devenu maréchal de France sans jamais avoir tiré l’épée, et premier ministre sans connaître les lois du royaume. C’était assez qu’il fût étranger pour que les princes du sang eussent sujet de se plaindre.

Marie de Médicis était bien malheureuse, car elle ne pouvait partager son autorité avec le prince de Condé, chef des mécontents, sans la perdre, ni la confier à Concini, sans indisposer tout le royaume. Le prince de Condé, Henri, père du grand Condé, et fils de celui qui avait gagné la bataille de Coutras avec Henri IV, se met à la tête d’un parti et prend les armes. La cour conclut avec lui une paix simulée, et le fait mettre à la Bastille.

Ce fut le sort de son père, de son grand-père, et de son fils. Sa prison augmenta le nombre des mécontents. Les Guises, autrefois ennemis si implacables des Condés, se joignent à présent avec eux. Le duc de Vendôme, fils de Henri IV, le duc de Nevers, de la maison de Gonzague, le maréchal de Bouillon, tous les seigneurs mécontents, se cantonnent dans les provinces ; ils protestent qu’ils servent leur roi, et qu’ils ne font la guerre qu’au premier ministre.

Concini, qu’on appelait le maréchal d’Ancre, assuré de la faveur de la reine, les bravait tous. Il leva sept mille hommes à ses dépens pour maintenir l’autorité royale, ou plutôt la sienne, et ce fut ce qui le perdit. Il est vrai qu’il levait ces troupes avec une commission du roi ; mais c’était un des grands malheurs de l’État qu’un étranger, qui était venu en France sans aucun bien, eût de quoi assembler une armée aussi forte que celles avec lesquelles Henri IV avait reconquis son royaume. Presque toute la France soulevée contre lui ne put le faire tomber, et un jeune homme dont il ne se défiait pas, et qui était étranger comme lui, causa sa ruine et tous les malheurs de Marie de Médicis.

Charles-Albert de Luines, né dans le comtat d’Avignon[1], admis

  1. Né en 1578 à Mornas, dans le comtat venaissin ou d’Avignon.