Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome12.djvu/81

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Ainsi le chaos du gouvernement commençait à se débrouiller presque partout, par les malheurs mêmes que le gouvernement féodal, trop anarchique, avait partout occasionnés. Mais les peuples, en reprenant tant de liberté et tant de droits, ne purent de longtemps sortir de la barbarie où l’abrutissement qui naît d’une longue servitude les avait réduits. Ils acquirent la liberté : ils furent comptés pour des hommes ; mais ils n’en furent ni plus polis, ni plus industrieux. Les guerres cruelles d’Edouard III et de Henri V plongèrent le peuple en France dans un état pire que l’esclavage, et il ne respira que dans les dernières années de Charles VII. Il ne fut pas moins malheureux en Angleterre après le règne de Henri V. Son sort fut moins à plaindre en Allemagne du temps de Venceslas et de Sigismond, parce que les villes impériales étaient déjà puissantes.

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CHAPITRE LXXXIV.


Tailles et monnaies.


Le tiers état ne servit, en 1345, aux états tenus par Philippe de Valois, qu’à donner son consentement au premier impôt des aides et des gabelles ; mais il est certain que si les états avaient été assemblés plus souvent en France, ils eussent acquis plus d’autorité : car immédiatement après le gouvernement de ce même Philippe de Valois, devenu odieux par la fausse monnaie, et décrédité par ses malheurs, les états de 1355 dont nous avons déjà parlé[1] nommèrent eux-mêmes des commissaires des trois ordres pour recueillir l’argent qu’on accordait au roi. Ceux qui donnent ce qu’ils veulent, et comme ils veulent, partagent l’autorité souveraine : voilà pourquoi les rois n’ont convoqué de ces assemblées que quand ils n’ont pu s’en dispenser. Ainsi le peu d’habitude que la nation a eue d’examiner ses besoins, ses ressources et ses forces, a toujours laissé les états généraux destitués de cet esprit de suite, et de cette connaissance de leurs affaires qu’ont les compagnies réglées. Convoqués de loin en loin, ils se

  1. Chapitre lxxvi.