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monnaie, et les séditions qu’excita cette manœuvre ne rendirent pas la nation plus heureuse. Philippe de Valois avait encore été plus loin que Philippe le Bel : il faisait jurer sur les évangiles aux officiers des monnaies de garder le secret. Il leur enjoint, dans son ordonnance, de tromper les marchands, « de façon, dit-il, qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’il y ait mutation de poids ». Mais comment pouvait-il se flatter que cette infidélité ne serait point découverte ? et quel temps que celui où l’on était forcé d’avoir recours à de tels artifices ! Quel temps où presque tous les seigneurs de fiefs depuis saint Louis faisaient ce qu’on reproche à Philippe le Bel et à Philippe de Valois ! Ces seigneurs vendirent en France au souverain leur droit de battre monnaie : ils l’ont tous conservé en Allemagne, et il en a résulté quelquefois de grands abus, mais non de si universels ni de si funestes.

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CHAPITRE LXXXV


Du Parlement de Paris jusquà Charles VII.[1]


Si Philippe le Bel, qui fit tant de mal en altérant la bonne monnaie de saint Louis, fit beaucoup de bien en appelant aux assemblées de la nation les citoyens qui sont en effet le corps de la nation, il n’en fit pas moins en instituant sous le nom de parlement une cour souveraine de judicature sédentaire à Paris.

Ce qu’on a écrit sur l’origine et sur la nature du parlement de Paris ne donne que des lumières confuses, parce que tout passage des anciens usages aux nouveaux échappe à la vue. L’un veut que les chambres des enquêtes et des requêtes représentent précisément les anciens conquérants de la Gaule ; l’autre prétend que le parlement n’a d’autre droit de rendre justice que parce que les anciens pairs étaient les juges de la nation, et que le parlement est appelé la cour des pairs.

Un peu d’attention rectifiera ces idées. Il se fit un grand changement en France sous Philippe le Bel au commencement du xive siècle : c’est que le grand gouvernement féodal et aristocra-

  1. Voyez aussi les premiers chapitres de l’Histoire du Parlement de Paris.