Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome13.djvu/560

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donnent des troupes à l’évêque protestant ; elles sont jointes par un prince d’Anhalt, qui revenait de France où il avait servi inutilement Henri IV. Ce prince d’Anhalt défait le cardinal de Lorraine. Cette affaire est mise en arbitrage l’année suivante, et il fut enfin convenu, en 1603, que le cardinal de Lorraine resterait évêque de Strasbourg, mais en payant cent trente mille écus d’or au prince de Brandebourg, Jean-George. On ne peut guère acheter un évêché plus cher.

1593. Une affaire plus considérable réveillait l’indifférence de Rodolphe. Amurat III rompait la trêve, et les Turcs ravageaient déjà la haute Hongrie. Il n’y eut que le duc de Bavière et l’archevêque de Saltzbourg qui fournirent d’abord des secours. Ils joignirent leurs troupes à celles des États héréditaires de l’empereur.

Ferdinand, frère de Rodolphe, avait un fils nommé Charles d’Autriche, qu’il avait eu d’un premier mariage avec la fille d’un sénateur d’Augsbourg. Ce fils n’était point reconnu prince, mais il méritait de l’être. Il commandait un corps considérable. Un comte Montécuculli en commandait un autre ; ceux qui ont porté ce nom ont été destinés à combattre heureusement pour la maison d’Autriche. Les Serin[1], les Nadasti, les Palfi, étaient à la tête des milices hongroises. Les Turcs furent vaincus dans plusieurs combats ; la haute Hongrie fut en sûreté, mais Bude resta toujours aux Ottomans.

1594. Les Turcs étaient en campagne, et Rodolphe tenait une diète à Augsbourg, au mois de juin, pour s’opposer à eux. Croirait-on qu’il fut ordonné de mettre un tronc à la porte de toutes les églises d’Allemagne pour recevoir des contributions volontaires ? C’est la première fois qu’on a demandé l’aumône pour faire la guerre. Cependant les troupes impériales et hongroises, quoique mal payées, combattirent toujours avec courage. L’archiduc Mathias voulut commander l’armée, et la commanda. L’archiduc Maximilien, qui gouvernait la Carinthie et la Croatie au nom de l’empereur son frère, se joint à lui ; mais ils ne peuvent empêcher les Turcs de prendre la ville de Javarin.

1595. Par bonheur pour les Impériaux, Sigismond Battori, vayvode de Transylvanie, secoue le joug des Ottomans pour prendre celui de Vienne. On voit souvent ces princes passer tour à tour d’un parti à l’autre : destinée des faibles, obligés de choisir entre deux protecteurs trop puissants. Battori s’engage à prêter

  1. George Serin ou Zrini, fils de Nicolas, qui est cité plus haut, année 1566, et aïeul de celui qui périt sous Léopold, en 1671. (Cl.)