Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome14.djvu/160

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d’Orléans, frère de Louis XIII. Le prodigieux et long succès qu’eut sa tragédie de Mariamne fut le fruit de ignorance où l’on était alors. On n’avait pas mieux ; et quand la réputation de cette pièce fut établie, il fallut plus d’une tragédie de Corneille pour la faire oublier. Il y a encore des nations chez qui des ouvrages très-médiocres passent pour des chefs-d’œuvre, parce qu’il ne s’est pas trouvé de génie qui les ait surpassés. On ignore communément que Tristan ait mis en vers l’office de la Vierge, et il n’est pas étrange qu’on l’ignore. Mort en 1655. Voici son épitaphe, qu’il composa :

Je fis le chien couchant auprès d’un grand seigneur ;
Je me vis toujours pauvre, et tâchai de paraître :
Je vécus dans la peine, espérant le bonheur,
Et mourus sur un coffre, en attendant mon maître.

Turenne. Ce grand homme nous a laissé aussi des Mémoires, qu’on trouve dans sa vie écrite par Ramsay[1]. Nous avons beaucoup de Mémoires de nos généraux ; mais ils n’ont pas écrit comme Xénophon et César.

Vaillant (Jean-Foy), né à Beauvais en 1632. Le public lui doit la science des médailles ; et le roi, la moitié de son cabinet. Le ministre Colbert le fit voyager en Italie, en Grèce, en Égypte, en Turquie, en Perse. Des corsaires d’Alger le prirent en 1674, avec l’architecte Desgodets. Le roi les racheta tous deux. Jamais savant n’essuya plus de dangers. Mort en 1706.

Vaillant (Jean-François-Foy), né à Rome en 1665, pendant les voyages de son père : antiquaire comme lui. Mort en 1708.

Valincourt (Jean-Baptiste-Henri du Trousset de), né en 1653. Une épître[2] que Despréaux lui a adressée fait sa plus grande réputation. On a de lui quelques petits ouvrages : il était bon littérateur. Il fit une assez grande fortune, qu’il n’eût pas faite s’il n’eût été qu’homme de lettres. Les lettres seules, dénuées de cette sagacité laborieuse qui rend un homme utile, ne procurent presque jamais qu’une vie malheureuse et méprisée. Un des meilleurs discours qu’on ait jamais prononcés à l’Académie est celui dans lequel M. de Valincourt tâche de guérir l’erreur de ce nombre prodigieux de jeunes gens qui, prenant leur fureur d’écrire pour

  1. Voltaire a déjà parlé de Ramsay, pages 119 et 120 ; voyez aussi, dans la lettre à Formont, du 25 juin 1735, ce que Voltaire dit de la Vie de Turenne, par Ramsay.
  2. C’est la satire XI, Sur l’honneur ; elle a forme d’épître.