Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome15.djvu/214

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE VIII.

CONDUITE DE L’ANGLETERRE, DE L’ESPAGNE, DU ROI DE SARDAIGNE, DES PUISSANCES D’ITALIE. BATAILLE DE TOULON[1].


On sait qu’après l’heureux temps de la paix d’Utrecht, les Anglais, qui jouissaient de Minorque et de Gibraltar en Espagne, avaient encore obtenu de la cour de Madrid des privilèges que les Français ses défenseurs n’avaient pas. Les commerçants anglais allaient vendre aux colonies espagnoles les nègres qu’ils achetaient en Afrique pour être esclaves dans le nouveau monde. Des hommes, vendus par d’autres hommes moyennant trente-trois piastres par tête qu’on payait au gouvernement espagnol, étaient un objet de gain considérable : car la compagnie anglaise, en fournissant quatre mille huit cents nègres, avait obtenu encore de vendre les huit cents sans payer de droits ; mais le plus grand avantage des Anglais, à l’exclusion des autres nations, était la permission dont cette compagnie jouit, dès 1710, d’envoyer un vaisseau à Porto-Bello.

Ce vaisseau, qui d’abord ne devait être que de cinq cents tonneaux, fut, en 1717, de huit cent cinquante par convention, mais en effet de mille par abus : ce qui faisait deux millions pesant de marchandises. Ces mille tonneaux étaient encore le moindre objet de ce commerce de la compagnie anglaise ; une patache qui suivait toujours le vaisseau, sous prétexte de lui porter des vivres, allait et venait continuellement ; elle se chargeait dans les colonies anglaises des effets qu’elle apportait à ce vaisseau, lequel ne se désemplissant jamais, par cette manœuvre, tenait lieu d’une flotte entière. Souvent même d’autres navires venaient remplir le vaisseau de permission, et leurs barques allaient encore sur les côtes de l’Amérique porter des marchandises dont les peuples avaient besoin, mais qui faisaient tort au gouvernement espagnol, et même à toutes les nations intéressées au commerce qui se fait des ports d’Espagne au golfe du Mexique. Les gouverneurs espagnols traitèrent avec rigueur les marchands anglais, et la rigueur se pousse toujours trop loin.

  1. Ce sommaire est celui de l’exemplaire dont j’ai parlé dans mon Avertissement. Dans toutes les éditions il y a : « Conduite de l’Angleterre. Ce que fit le prince de Conti en Italie. » (B.)